Le dernier restaurant...

... avant la fin du monde !!! Au menu: la Vie, l'Univers, l'École et le Reste

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3 juin 2009

Merci !


Je viens tout juste "d'aspirer" le contenu de mon blogue sur mon disque dur. Pour l'album de famille... C'est comme quand on vide ses fonds de tiroir et qu'on fait ses derniêres boîtes avant de quitter le bureau où on travaillé un temps.

Merci d'etre passé par ici !

Ciao !

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29 mai 2009

Le Neuf ?


Chaque fois que je lis quelque chose qui parle des gens qui bloguent sous un pseudo, "derrière" l'anonymat comme on dit, ça me donne de l'urticaire. C'est l'effet que m'a fait (encore) ce billet chez Mario. Un bon billet, au demeurant. L'étincelle qui a fait déborder le vase, comme disait le coach. Pourtant, il n'y a rien que j'aimerais plus que de pouvoir bloguer "à découvert". Ça me permettrait d'aller plus loin dans mes commentaires, d'être plus précis, d'avancer des faits, des noms, des lieux. Ça fait des mois que je veux parler de profilage racial dans certaines écoles. J'ai un bon dossier là-dessus. Mais je n'ose pas. Il y a d'autres sujets comme ça, plus simples, banals, quotidiens. Tiens, comme une étudiante qui décide sans raison d'organiser un "talent show" pour ramasser de l'argent pour la recherche sur le cancer. Sans inviter un journaliste, juste de la pub de bouche à oreille. Pas de gros chèque en plywood à aller porter à un téléthon. Non, juste un show pour ramasser de l'argent pour aider quelqu'un à inventer un traitement. Courir les commandites, trouver la salle, les spots, la sono. Une coiffeuse pour les filles, quelqu'un de bénévole pour les maquillages de scène. Qui va payer la machine pour la boucane ? Et une étudiante qui dit à la fin que c'est parce qu'elle a été inspirée par un enseignant engagé dans plein de causes qu'elle s'est engagée aussi. et qu'elle souhaite que son show puisse donner le goût à une seule autre personne de s'engager, juste pour la cause, pour une cause. Et ses parents, ses amis qui écoutent ça et qui pleurent.

Qui est Michel Le Neuf ? Des fois je me le demande. Et vous savez quoi ? C'est aussi bien que ça reste anonyme pour le moment. Comme ça, c'est pas trop lu. C'est presque comme des échanges en privé. À visage découvert, ça prendrait un autre sens. Qu'il y ait plein de gens qui disent ne pas vouloir échanger sur un blogue avec quelqu'un qui ne se nomme pas ou ne pas lire un blogue écrit sous un pseudo, ça m'arrange.

Moi, dans ma vraie vie, je n'ai pas besoin de Le Neuf. Je ne fais pas un trip de Dr Jekkyl et Mr Hyde. Tout ce que j'écris ici, les gens qui vivent autour de moi l'entendent de ma bouche chaque semaine. Ils sont habitués à mes éditoriaux, leur style, leur contenu. Et vous savez quoi ? Il y en a qui aiment et d'autres pas. Je ne donne pas dans la langue de bois. Dans ma courte vie, chaque fois qu'on m'a mis un micro sous le nez, au sens propre comme au sens figuré, j'ai donné l'heure juste. Non, je ne suis pas un cas de personnalités multiples.

Je ne me sers pas de ce que je suis, de ce que j'ai fait pour donner une couleur ou un poids aux choses que j'écris. Je ne déballe pas mon CV et je ne vous tends pas ma carte , la liste des gens que je côtoie, les affaires dans lesquelles je suis impliqué, les dossiers que je mène et avec qui je les mène et l'argent et les vies que ça engage. Je me contente d'écrire ce que je pense pour la seule valeur que ça peut avoir. Des arguments pour des arguments. Des idées pour des idées. L'homme n'est pas important. Ce qui importe, c'est le terrain qui le fonde et les idées qui en émergent, avec leurs vies à elles. C'est de Saint-Ex. J'y reviendrai. Pas les mots de quelqu'un qui est connu et à qui on veut plaire ou déplaire. Pas les idées de quelqu'un qui a un bon réseau autour de lui. Pas celles de quelqu'un qui connaît très bien quelqu'un qui vous connaît très bien et avec qui vous préparez un deal d'affaires. Parce qu'autrement, ce pourrait bien être ça.

Je pense que c'est aussi bien que Le Neuf reste Le Neuf. Pour ma paix. Pour la vôtre. Pour celle des miens.

Vous savez, je vais me laisser aller à une confidence: j'aime Saint-Exupéry par-dessus tout, et par-dessus tout j'aime lire et relire Terre des Hommes. Alors je vais vous dire comment il est Le Neuf dans sa vie et comment il est avec les gens. Je suis presque gêné de vous dire que voici des mots de Saint-Ex qui me décrivent plutôt bien. C'est évidemment dans Terre des Hommes. L'auteur raconte cette histoire d'un officier militaire qui commande un poste avancé pendant la guerre du Rif:

"Il recevait, un soir, des parlementaires ennemis du massif de l'ouest (...). Et ils buvaient du thé, comme il se doit, lorsque la fusillade éclata. Les tribus du massif de l'est attaquaient le fort. Au capitaine qui les expulsait pour combattre, les parlementaires ennemis répondirent: "Nous sommes tes hôtes aujourd'hui, Dieu ne permet pas qu'on t'abandonne..." Ils se joignirent donc aux soldats, sauvèrent le fort, puis, après la bataille, retournèrent auprès des leurs. Mais la veille du jour où, à leur tour, ils se préparent à l'assaillir, ils envoient des amabassadeurs au capitaine:

"L'autre soir, nous t'avons aidé...
- C'est vrai...
- Nous avons brûlé pour toi trois cents cartouches...
- C'est vrai.
- Il serait juste que tu nous les rendes."

Et le capitaine, grand seigneur, ne peut exploiter un avantage qu'il tirerait de leur noblesse. Il leur rend les cartouches dont on usera contre lui."

Je pense que c'est aussi bien que Le Neuf reste Le Neuf. Mais ça ne se passera plus ici. C'est fini. Merci pour tout Mario... vraiment merci. T'es vraiment le gentleman du web.

Vous avez été la partie de moi que je ne connaissais pas. Vos commentaires, vos points de vue ont été ceux qui ne me seraient sans doute pas venu autrement.

Mon plus beau moment ici aura été l'accueil que vous avez fait au billet où je vous ai raconté l'histoire de cette directrice, de ce papa, ses enfants et le vendeur de matelas. Il a été repris dans le bulletin de la FQDE et a fait le tour de la planète.Comme quoi, les vraies histoires, ça a toujours sa place. Et c'est le billet dans lequel je me retrouve le plus. Tout Le Neuf y est. C'était plus une lettre qu'un billet. Une lettre d'amour. Une lettre à la femme que j'aime. Ma belle directrice intense.

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1 mai 2009

Showing up...


Le titre était accrocheur:

"Décrochage: le privé doit être un chef de file"

C'était une lettre d'opinion publiée dans la Presse. Comme de ce temps-là j'ai l'air de celui qui entretient des pensées obsessionnelles sur l'irresponsabilité sociale que semblent revendiquer les écoles privées dans le dossier des élèves en difficulté et ceux des milieux défavorisés , j'ai presque pensé que je venais de me trouver un ami... Je m'imaginais que c'était un manifeste sur l'inclusion et la justice sociale signé conjointement par une poignée de DG de la Ivy League locale. Pas du tout. Juste un appel à l'entreprise privée, même si ce n'est pas rien, à son engagement dans la lutte au décrochage, dans la foulée du rapport Ménard. Déception.

La défavorisation et le décrochage sont fortement corrélés. Plus personne n'en doute. Un marché de l'éducation ouvert, a fortiori lorsque l'alternative privée y est subventionnée à 60%, contribue substantiellement à la détermination sociale des résultats scolaires des enfants. Ça, on ne veut pas le voir, pas encore. Pourtant, ça se vérifie. J'en ai parlé ici.

"Eighty percent of success is showing up" *

Je ne suis pas en train de vouloir partir un débat sur la ségrégation: les riches d'un bord, les pauvres de l'autre. Non. Je parle d'une relation vicieuse de cause à effet: plus on ouvre le marché, moins on fait réussir ceux qui ont déjà de la difficulté à réussir. Et pour les autres, ceux qui exercent le choix, il n'y a pas de gain réel. Ils ne réussissent pas moins, ni mieux. Ce qui me ramène à un ancien billet où je rapportais ces mots d'une étude disponible sur le site de la veille ministérielle de notre ministre de l'éducation:

"Contrairement à l'idée reçue selon laquelle ce seraient les bonnes performances d'un établissement scolaire qui détermineraient le choix des parents, une revue des travaux sur la question montre que ceux-ci comptent surtout sur leurs réseaux sociaux.

Bien que les parents déclarent formellement fonder leur choix sur la bonne performance de l'établissement, leur attitude indiquerait, selon l'ensemble de ces travaux, que leur décision s'appuie d'abord sur des critères de différenciation sociale et ethnique.

Finalement, le libre choix pour quoi ? Juste pour le "showing up", sûrement pas pour la réussite du plus grand nombre de petits québécois de toutes conditions sociales. Ça y est, la fin de semaine commence à peine me v'là en chr...

* C'est une citation attribuée à Woody Allen

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20 avril 2009

Une décision d'affaire


Vous avez lu La Presse de ce matin? À la une, on parle de cette école privée de St-Hyacinthe dont 30% de la clientèle à l’entrée serait composée d’élèves en difficulté. Une école non élitiste dit-on. Dans la mesure où 2000$ de frais de scolarité est un facteur d’inclusion.

On va se dire les vraies affaires. J’ai regardé la liste des écoles privées où on accueille plus de 10% d’élèves ayant un retard scolaire. Des élèves qui ne seraient pas acceptés ailleurs lit-on. Des écoles qui se passeraient bien de ces élèves si elles avaient les listes d’attente qu’il faut pour ne pas être obligées de les accepter. Des choix alimentaires peut-on dire. Il y a là plusieurs écoles en milieu éloignés. Bien des écoles de 2e choix ou 3e choix… Bien peu de ces grands collèges de la Ivy League locale. Je n’ai pas vu Regina Assunta ni Jean-Eudes sur la liste…

Qu’on réfléchisse au privé sur la façon de mieux contribuer à la réussite du plus grand nombre, c’est une bonne idée. Que ça arrive juste au début d’un cycle économique pas facile quand on sait que les inscriptions au privé sont sensibles aux fluctuations de l’économie, c’est correct. Ça prend des entrées pour payer l’hypothèque.

Mais je reviens à l’école St-Joseph. On prend des élèves ayant un retard et on leur fait faire deux ans de secondaire en trois ans. Bref, on s’assure de revenus pour trois ans. Au terme de l’exercice, de l’aveu même du directeur, on en retourne le quart (25%) au secteur public… Le quart des élèves d’une cohorte donnée n’est pas accepté en 3e secondaire ? Il y dans les écoles publiques des programmes gratuits pour ces élèves-là qui affichent de bien meilleurs taux de passage…

Moi ce que je comprends, c'est qu'il y avait des parents prêts à payer pour aller au privé, mais pas d'écoles pour les accepter, because la sélection. St-Joseph, comme d'autres avant, a flairé l'affaire et a organisé un service. Mais ça reste quant à moi une décision d'affaire.

Mais je suis content quand même que La Presse parle de ça. Ça donne la chance d’en parler ici aussi.

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16 avril 2009

Redoublement et ras-le-bol


Imaginez qu'on choisisse une vingtaine d'élèves performants de 6, 7 ou 8 ans et qu'on les fasse redoubler de façon tout à fait arbitraire. Ou encore, plus éthiquement, que nous réussissions à retracer une vingtaine d'élèves tout aussi performants, qui auraient en commun le fait d'avoir dû reprendre une année d'école pour des motifs tel qu'une hospitalisation prolongée, un long voyage à l'étranger, etc. S'agissant au départ d'élèves performants, combien parmi ceux-ci finiraient par décrocher de l'école ? Sûrement très peu ou même pas un seul pourrait-on répondre sans trop se tromper.

Ce qui viendrait supporter la thèse à l'effet que le redoublement n'est pas la cause du décrochage, mais que redoublement et décrochage sont plutôt deux effets d'une même cause. Ce qui est fâchant aujourd'hui c'est qu'on a martelé logtemps de façon malhabile cette idée qu'en ne faisant plus redoubler les élèves, on diminuerait les taux de décrochage. Et à ce que je sache, les taux de redoublement n'ont jamais été si bas. Pour ce qui concerne les taux de décrochage, ils sont demeurés les mêmes ou presque.

Mais ce ne sera la première fois qu'on se sera servi des résultats d'études descriptives pour établir faussement des relations de cause à effet. Pensons à la question de l'estime de soi. On a dit qu'en augmentant l'estine de soi des élèves, on augmenterait leur réussite. Finalement, on a fini par se rendre compte que c'est en augmentant la réussite qu'on augmentait l'estime... Puis il y cette question des styles d'apprentissage et des intelligences multiples qu'on nous a servie ad nauseam. Pour peu qu'on fouille ce qu'en dit la recherche expérimentale, on se rend compte que cette quête d'appariement entre un style d'apprentissage ou d'intelligence et une façon d'enseigner n'a jamais réussi à démontrer qu'il existait une sorte de "match parfait" qui faisait en sorte de mieux faire réussir des élèves. Tout ce qu'on a réussi à démontrer, c'est qu'il y avait des façons d'enseigner qui étaient plus efficaces que d'autres, indépendammenet des styles d'apprentissage ou des types d'intelligence. Et comme par hasard, ce ne sont pas des approches ou des façons de faire qui ont été considérées comme gagnantes aux premiers jours de cette merveilleuse procession vers le renouveau.

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12 mars 2009

L'école privée a la cote


L'école privée a la cote, pouvait-on lire ce matin dans La Presse. C'est pas nouveau: plus les gens ont d'argent dans leurs poches, plus ils ont tendance à choisir le privé. Et plus ils s'achètent de grosses autos, plus ils ont de grosses hypothèques et plus ils vont dans le sud et plus ils boient du bon vin. La mauvaise nouvelle, c'est qu'on est en récession et il faudra voir l'impact à la rentrée scolaire de septembre 2010. Je dis 2010, parce que la rentrée 2009 est déjà "cannée".

Ça fait juste ressortir encore une fois l'acuité du problème tel que je le posais dans le billet qui est juste en-dessous de celui-ci. Le fossé se creuse. Plus il y a de monde au privé, plus on crée de programmes sélectifs au public, et plus on s'organise pour que les résultats des élèves soient socialement déterminés. Bref, plus on creuse l'écart entre riches et pauvres. C'est pas juste une question d'argent et de ressources, c'est une question de justice sociale, d'équité et de projet de société. Parce qu'après le prof dans une classe, les élèves et surtout les interactions entre élèves sont ce qu'il y a de plus déterminant pour le développement des compétences. Les élèves sont des ressources et la façon dont les choses sont organisées font en sorte que ceux qui arrivent à l'école avec le plus de bagages ont généralement tendance, dans la mesure où on le leur permet, à quitter le "mainstream" pour aller vers des filières plus "select".

Non, ce n'est pas une question d'argent et de ressources, c'est une question de justice sociale et d'équité. En ce sens. le privé n'est pas seul coupable. Le public aussi, dans la mesure où il crée également ses propres filières sélectives. Au public, on fait ça pour garder des élèves. En peu de mots, on veut juste offriri ce qu'offre le privé pour de l'argent. Parce que des élèves, le 30 septembre, c'est de l'argent. Mais en faisant ça, on fait aussi en sorte de déterminer socialement les résultats et on crée aussi des écarts.

Je le répète, est-ce qu'on veut d'une société comme celle-là ?

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25 février 2009

Une école pour Junior ou une école pour le bien commun?


« Le bien commun en appelle à l'idée d'une communauté des êtres humains. À une vision qui nous entraîne à rechercher l'intérêt général, un partage de la richesse, des savoirs, une reconnaissance de notre interdépendance et, donc, de notre besoin de solidarité. »

Ces mots, ils sont de Françoise David.

« L'éducation est un bien commun et un projet collectif. »

Ça, c’est la ministre de l’Éducation qui l’a dit il n’y a pas si longtemps au Forum sur la démocratie et la gouvernance des commissions scolaires.

Or, quand Madame Courchesne, pour laquelle j’ai le plus grand respect, se porte à la défense du modèle actuel de financement de l’enseignement privé en invoquant le sacro-saint principe de la liberté de choix des parents, il est assez clair que le sens qu’elle donne au « bien commun » diffère de celui que lui donne Madame David.

La liberté de choisr l'école que fréquentera son enfant existe, c’est vrai, mais par pour tout le monde. J’en ai largement parlé ici et je l’ai évoqué . J'ai sur ce blogue évoqué le cran de la ministre, sa passion pour l'éducation et défendu son droit et son devoir comme ministre d'agir comme elle l’a fait dans un certain nombre de dossiers, celui du bulletin n'étant pas le moindre. Mais dans le dossier du privé et de son financement, je suis déçu. Et elle m’a déçu encore, sur le même sujet lors de son dernier passage à Tout le monde en parle.

La liberté de choix et la détermination sociale des résultats scolaires.

J’ai trouvé au hasard de mes errements sur la Toile, une étude récente qui compare le niveau d’équité des systèmes éducatifs ouest-européens — mesuré par la détermination sociale des performances aux tests PISA — avec le degré de liberté de choix des parents. Cette liberté de choix est calculée au moyen d’un indice basé sur trois facteurs : des paramètres démographiques, les modes de régulation de l’attribution des élèves aux écoles et l’importance relative de l’enseignement privé. L’étude met en évidence une très forte corrélation positive entre le degré de reproduction sociale des systèmes d’enseignement et leur organisation sur base d’un « quasi-marché ».

En court, cela signifie que plus les parents peuvent choisir d’aller là où ils veulent pour faire éduquer leurs petits, plus les résultats de leurs petits seront déterminés par leur statut socioéconomique. Bref, la liberté de choisir avantage les plus riches et désavantage les plus pauvres. Par exemple, le pire des pays d’Europe de l’Ouest à cet égard est la Belgique. C’est le pays où il existe le moins de contraintes faites aux parents à l’exercice du libre-choix de l’école et le pays où on retrouve le plus grand nombre d’établissements privés (60% des écoles primaires sont en fait des écoles privées qui ont des contrats d’association avec l’éducation nationale). Bref, le pays où il y a les plus grands écarts entre les résultats des enfants issus des mileiux défavorisés et ceux issus des milieux plus aisés.

Les deux pays où l’écart de performance entre riches et pauvres est le moins marqué, c’est-à-dire la où les résultats scolaires sont les moins déterminés socialement, sont la Finlande (tiens, tiens… le modèle Finlandais) et le Portugal. Ce sont deux pays où l’offre de services est relativement uniforme, où la réglementation, la densité des populations et l’offre de service privée quasi inexistante favorisent très peu le libre-choix, le magasinage et la compétition. Là où la logique de marché est la moins présente. Sorry pour les amis de l'IEDM.

Et quand j’ai lu tout ça, j’ai tout d’un coup eu une pensée pour l’école montréalaise : peu ou pas de contraintes de transport scolaire pour limiter la mobilité entre les écoles, une grosse offre de services du privé, particulièrement au secondaire, la multiplication des programmes particuliers dans certaines écoles, l’école internationale pour en ajouter. Et, à n’en pas douter, une très forte détermination sociale des résultats scolaires.

Entretenir et même valoriser un modèle qui visiblement semble creuser les écarts entre les mieux et les moins bien nantis, je ne pense pas que c’est ça gérer l’éducation comme si c’était un bien public, pour le bien public. J'appelle ça entretenir un déficit éducatif structurel. On ne se demandera pas ensuite pourquoi des programmes compensatoires comme Agir Autrement ont eu autant d'effets ces dernières années sur la réussite en milieu défavorisé que le fait d'apposer un cataplasme sur une jambe de bois. Allez voir les chiffres.

Alors voilà, il y a l'ascenseur social pour les uns et l'escalier de service pour les autres. Et il y a des milliers de personnes, des dizaines de milliers de personnes qui sont prêtes à défendre ça. Une question de libre choix dira-t-on.

Je n’ai pas à vous convaincre Madame Courchesne qu’il est important de combattre l'inégalité par des politiques appelant à l'égalité. C'est d'ailleurs le sens même du politique: nous donner une organisation sociale qui permette à tous les êtres humains de se développer avec un maximum d'égalité des droits et des chances et de participer à la vie collective. Alors on choist quoi ? Une école pour Junior ou un projet de société ?

Ajout de dernière minute:

J'ai écrit ce billet il y a deux heures à peine et voici que je tombe sur cet article de l'Infobourg.

Une conférencière invitée à un récent colloque de la CSQ est venue témoigner de son expérience du système finlandais. Voici ce qu'elle disait entre autre:

"Aujourd’hui, les Finlandais bénéficient d’un système caractérisé par l’égalité des chances : un « tronc commun » sans aucune filière pour tous les élèves de 7 à 16 ans et une gratuité scolaire complète incluant même les transports et des repas. L’élève est au cœur du système d’éducation finlandais. Le système se distingue d’ailleurs par un faible taux de décrochage ainsi qu’un impact pratiquement inexistant des disparités sociales sur les performances des élèves".

Et puis on avait aussi invité Antoine Baby de l'Université Laval à commenter:

"(...)le « tronc commun » finlandais ainsi que le concept d’« une école commune pour tout le monde qui exclut la concurrence et l’esprit de compétition » sont des éléments très intéressants pour notre système d’éducation. "

Ben coudonc...

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8 décembre 2008

La directrice


C'est une histoire comme il y en a plein. L'histoire de Monsieur G, un papa, et d'une directrice d'école. Monsieur G est nouveau dans le quartier. Il a deux petits garçons. Le petit est à la maternelle, le grand est en 2e année. Il est arrivé à l'école un jour, sans trop qu'on sache d'où il venait. Il y en a qui disent qu'il vient du Sûroit et qu'il a abouti ici après une sombre et triste histoire de divorce et de garde d'enfant. Il est arrivé avec à peu près rien. Il s'est trouvé un logement pas cher et il est allé chez Centraide pour se trouver des meubles. Il fait son épicerie au comptoir alimentaire à l'autre bout de la ville et il y va à pied parce qu'il n'a pas d'auto.

L'autre matin il a appelé à l'école pour dire que ses enfants étaient malades. Il pense que c'est à cause de la viande hachée qu'on lui a donnée au comptoir de la paroisse et qui n'avait pas l'air très fraîche. Mais quand t'as faim... Il raconte à la secrétaire que les enfants ont vomi dans leur lit et que ça sent mauvais. Gêné, il lui demande si elle connaît un truc pour nettoyer ça et surtout pour faire disparaître l'odeur... Elle lui demande ce qu'il a chez lui comme produits nettoyants et s'il a ce qu'il faut pour soigner les enfants. Évidemment, quand la priorité c'est d'avoir quelque chose à manger pour les petits, on ne pense pas à mettre ce qu'il faut dans l'armoire sous le lavabo. Et quant à la pharmacie...

Sur l'entrefait, la directrice arrive. Sa secrétaire lui raconte. Et la directrice, elle a fait ce qu'elle fait chaque fois que des choses comme celles-là arrivent. À l'heure du dîner, elle se rend au Maxi du coin, et elle achète un kit de base de produits nettoyants et ce que ça prend dans une pharmacie pour s'occuper de deux jeunes enfants: des Tylenols au raisin, des bandes qu'on fait fondre sous la langue pour ne pas tousser la nuit, des brosses à dents neuves, des Gravols, de l'Antiphlogistine et tutti quanti.

Elle appelle un vendeur de matelas et elle lui demande comment on fait pour nettoyer et faire partir les odeurs. Parce que la directrice, dans sa tête, elle voit un petit enfant malade, couchée dans un lit qui sent le vomi. Elle a l'évocation facile. Après toutes ces années, elle ne s'habitue ni ne s'endurcit. Elle aime ses petits. Alors le monsieur des matelas lui dit qu'il n'y a pas grand'chose à faire. Bon... C'est Noël qui s'en vient, elle tente le coup: "Est-ce que ça vous tenterait de donner au suivant ?", lui demande-t-elle. Elle lui explique. Et là, le monsieur lui dit qu'il lui arrive que des clients lui demandent de reprendre leur matelas usagé quand il en livre des neufs et que quelquefois, ces matelas usagés sont dans un excellent état. Il va en trouver un, et il va le livrer sans frais chez Monsieur G. Merci Monsieur Matelas !

La directrice revient à l'école et elle parle de ça à la salle du personnel. Elle est émue, encore une fois, pour la centième fois. Et là, il y a un prof, puis un autre qui dit qu'il a plein de trucs à donner, des draps pour enfants et tout ça. C'est fort des larmes de directrice quand ça coule pour des enfants. Plein de choses se sont enchaînées ensuite. Des dons, des actions et tout. Monsieur G est venu à l'école pour dire merci. Et Monsieur G, il pleurait à chaudes larmes. Ses enfants mangeront à Noël. Ils auront des pyjamas neufs et des cadeaux. Et il y a la fille de la directrice qui ira avec ses amies s'occuper des enfants, les garder aussi quand Monsieur G aura besoin.

Et la directrice sera vraiment contente quand elle pensera à ses petits qui dorment au chaud dans des pyjamas neufs, sur des matelas qui sentent bon. Parce que c'est tellement beau des enfants qui dorment.

Et puis elle se dira qu'il faut vraiment travailler fort, sans compromis, pour que tous ses enfants sachent lire à la fin de la 1ère année, pour qu'on puisse le plus rapidement possible satisfaire leur goût d'explorer et d'apprendre, avant que le système n'éteigne tout ça. Parce que soulager la misère d'un enfant, elle sait que c'est la partie facile. Lui donner les outils pour qu'il en sorte, c'est moins simple.

Je ne sais pas toute la suite de cette histoire-là. C'est juste l'histoire d'une directrice et d'un papa, de deux petits et de quelques adultes. Monsieur G tire le diable par la queue. En fait, la queue du diable, elle lui est restée dans les mains. Il y a plein de choses qu'on peut faire sans y être obligé. Et ces choses-là, quand on est à la direction d'une école, on a plein de raisons de ne pas les faire ou simplement les voir: la tâche trop lourde, les réunions inutiles, l'évaluation de notre plan de réussite. Mais cette directrice-là, elle est la championne dans la catégorie de ceux qui font des choses qu'on est pas obligé de faire quand on est directrice d'école. Pas obligée ? Enfin, pas si sûr. Cette directrice elle est obligée. C'est son coeur qui l'oblige. Elle refuse de ne pas voir, renonce à se protéger, ne baisse jamais les bras. Il n'y a pas de plus fortes obligations que celles qu'on laisse notre coeur nous faire.

Ça prend des gens comme elle pour que dans notre beau grand système d'éducation où on a le choix entre l'école publique et l'école privée grâce aux généreuses subventions de l'État, des gens choisissent Monsieur G et ses enfants pour lesquels ce choix n'existe pas. Dans la vraie vie, quoiqu'en pensent nos ministres,vous ne pouvez pas choisir l'école de vos enfants Monsieur G. Mais aujourd'hui, il y a une directrice dont on ne parlera jamais qui ne choisit ni ne sélectionne un seul de ses élèves, qui de loin, borde vos petits et les aime avec vous. Ce n'est pas rien. Je suis sûr que ce soir, quand vous entrouvrirez la porte de leur chambre, pour voir si tout va bien, vous sentirez au-dessus de votre épaule une présence. Ce sera elle, la directrice.

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28 novembre 2008

Un show poche...


Je n'ai finalement même pas écouté le débat des chefs. Mais j'ai lu ce qu'on en a dit. On a commenté la forme, la performance, les réparties. Mais rien sur le fond, sinon de dire qu'il n'y en avait pas. Clip, lignes assasines, cassettes et clichés. Pas de fond. Un match de boxe qu'on a joué du bout des gants. Et Buzzz.tv dont on s'est servi comme d'une carte de pointage.

Nos chefs de partis ont eu l'air d'une bande de lofteurs et nos grands analystes politiques en ont eu bien peu à se mettre sous la dent. Et, by the way, je ne serais pas étonné que Loft story approche les concepteurs de Buzzz.TV pour pouvoir se servir de leur concept ...

Un débat ? Non, rien de plus, ilo me semble, qu'un jeu rituel. Un ballet mécanique. La WWF en complet-cravate.

Une chance qu'il reste les gouvernements locaux et la société civile pour parler des vraies affaires. Vite, la gouvernance régionale et les approches territoriales intégrées, ça presse...

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24 novembre 2008

On grimpe dans la même position qu'on rampe


Je m'étais pourtant bien promis de la garder bouclée pendant cette espèce de non-campagne électorale. Mais hier midi, le presto a sauté. J'écoutais à la télé un échange entre des candidats des trois principaux partis. En fait, je n'avais aucun intérêt autre que celui de me pratiquer à pitonner sur mon nouveau téléviseur plasma de 40 pouces full HD en vue du match Canadien-Islanders de ce soir... Il y avait Jacques Dupuis pour les libéraux, Bernard Drainville pour les péquistes et je ne sais même pas qui pour l'ADQ. Je ne suis pas un fan de Drainville et je me demande encore ce qu'il est allé faire dans ce bateau-là. Pour faire court, je ne sais pas comment tout ça a débuté, mais chaque fois que Drainville essayait, avec des arguments qui se tenaient, de questionner les positions libérales, Dupuis montait le ton et accusait le PQ de cacher son option, de ne pas parler de référendum ou de souveraineté... Peu importe le sujet ou l'angle de prise de Drainville, toujours les mêmes vociférations de Dupuis, la grosse veine du cou sortie: vous cachez l'option, vous trompez le peuple, vous avez même pas les couilles de faire un référendum. Ça sonnait "Brinks-Brinks" dans mes oreilles. Bref, ça volait pas haut !!! On ferait et on dirait n'importe quoi pour le pouvoir. Les comportements des Dupuis et de ses collègues de toutes allégeances m'a juste rappelé cette observation que j'aime bien: on grimpe dans la même position qu'on rampe.

Quelques heures plus tard ce n'était pas tellement plus joli à l'émission de Mme Dussault à RDI (juste avant ou un peu pendant le match de hockey). Les échanges entre François Legault et Michelle Courchesne n'étaient pas plus édifiants. Quand le ton de voix et les décibels tiennent lieu d'arguments, je décroche.

Et c'est drôle, quand j'ai vu, à la fin de la troisième période, ce pauvre Ryan O'Byrne compter son premier but de la saison... dans son propre filet et ouvrir la porte à la victoire des Islanders, je me suis dit que lui au moins, il avait l'air de comprendre qu'il venait de faire une grosse niaiserie. Et je me suis dit que peu importe pour qui j'allais voter le 8 décembre, j'allais "scorer" dans mon "net".

Le 8 décembre, les libéraux vont remporter l'élection. Et je leur souhaite un gouvernement majoritaire parce que je n'ai pas envie de revoir ce cirque avant quatre ans. Et je souhaite aussi qu'ils se rendent au bout de ce que leur permet la loi, et qu'ils s'accrochent à la sacoche et aux petites sandwiches en triangle pendant cinq ans. On entre en récession. Bientôt on va avoir droit à des compressions budgétaires. Majoritaire, Charest ne sera plus obligé de faire semblant qu'il est travaillant, méticuleux, modeste et généreux. Parties la prospérité et la croissance, les conditions seront réunies à nouveau pour se donner un peu de conscience politique. Parce que la conscience, ça se construit dans l'adversité. Pas quand on le cul dans le velours. Ce sont les enfants de la crise de 1929 qui ont fait la révolution tranquille. Et puis le réflexe des gouvernements qui n'ont pas d'argent, c'est de décentraliser des pouvoirs. Alors, la récession, c'est ce qui va rappeler Madame Courchesne et ses velléités centralisatrices à l'ordre. Elle va être obligée de renoncer à engager une cinquantaine de personnes de plus dans ses directions régionales pour exercer les nouvelles mesures de contrôle prévues par sa loi 88, sans parler des honnêtes et loyaux fonctionnaires qu'on devra désigner dans chacune des commissions scolaires pour leur servir d'interlocuteurs. Une loi dont on n'a absolument pas parlé durant cette campagne et qui ne fera pas réussir un élève de plus anyway.

Quant aux éducateurs, ça nous donne cinq ans pour nous retrousser les manches, nous cracher dans les mains et faire en sorte que tous les enfants sachent lire à la fin de la 1ère année du primaire. Cinq ans aussi pour donner le goût de lire à ceux qui voteront demain. Cinq ans pour leur faire connaître les classiques. Cinq ans pour développer leur culture, leur sens de l'histoire, leur goût de la chose publique et du service civil. Cinq ans pour leur apprendre à débattre d'idées, à aimer les idées, à les traduire en action de façon cohérente. Cinq ans pour reparler des rêves, pour construire un projet.

Et peut-être que dans cinq ans, on parlera enfin de la gouvernance locale, de la lutte à la pauvreté et à l'exclusion sociale et de l'occupation du territoire. Les promesses et les grandes annonces qu'on nous sert aujourd'hui sont de bien pauvres succédanés de la vision et du projet de société qui nous manquent si cruellement.

En attendant, il se peut bien que ce soir je tourne ma télé sur le côté pour regarder le débat avec la bonne perspective. Ou peut-être que je vais juste relire une autre fois le Terre des hommes de St-Exépury en flattant mon chien et en sirotant un très vieux Banyuls. J'arriverai à la page 117 de ma vieille édition de 1966 en livre de poche. Et là, je relirai un bout de phrase qui ne m'avait jamais accroché jusque là, je lèverai les yeux vers les chefs qui se démèneront à l'horizontale dans ma télé retournée, et je serai triste de ne même pas pouvoir imaginer l'un deux dire ou se faire dire: "Il est somptueux de posséder au monde un si bel ennemi". Non, pas demain la veille.

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Je réfléchis

20 avril 2009

Le choix de l'école... pour qui ?


Vous êtes sans doute plus ou moins familiers avec la question des indices de défavorisation qui sont utilsés par le MELS pour classer les écoles du Québec selon des rangs déciles. Pour bien comprendre mon propos de ce matin, dites-vous que le rang 10 représente le plus haut niveau de défavorisation et le rang 1, le plus bas. Dites-vous aussi que les données utilisées pour composer ces indices proviennent du recensement de 2006, que ces données sont regroupées par unité de peuplement et que chaque unité de peuplement se voit attibuer un indice.

Ces unités géographiques regroupent quelques centaines d'enfants qui ont l'âge de fréquenter l'école. Un enfant provenant d'une unité "X" dont l'indice de défavorisation est soit élevé ou bas, apporte evec lui, à son école, l'indice de son unité d'origine. C'est en tenant compte pour chacun des élèves d'une école donnée de l'indice de l'unité de peuplement d'où il provient qu'on finit par acorder un indice global à cette école. Est-ce assez clair?

UN EXERCICE

Maintenant, je vous convie à un exercice relativement simple: nous allons créer des écoles virtuelles et tenter de déterminer leurs indices de défavorisation. Voilà. D'abord je vais aller chercher dans chacune des écoles d'une commission scolaire donnée chacun des élèves considéré en difficulté d'adaptation ou d'apprentissage. Je vais prendre tous ces élèves et je vais les mettre dans une école fictive. Quand je vais faire le calcul de l'indice de défavorisation de cette école, il y a une très forte probabilité que je me retrouve avec une école qui se situe aux 8e, 9e ou 10e rang décile . Je vais créer une école défavorisée. Essayez-le, ça fonctionne.

Je recommence l'exercice, cette fois-ci en regroupant tous mes élèves incrits à un programme d'éducation internationale. Je risque fort de me retrouver avec une école de rang 4 ou 5, si ce n'est pas moins... Et le résultat va sensiblement être le même si je regroupe dans une même école des élèves d'un profil hockey, informatique ou théâtre. C'est comme si chaque fois qu'on donne un choix, on laisse la pauvreté derrière. Un maudit beau modèle de société... Parce que, visiblement, les élèves qui choisissent le menu à la carte n'ont pas tendance à provenir des milieux les plus défavorisés. Les élèves à risque, eux, ont moins tendance à choisir, et curieusement proviennent surtout des mileiux les plus pauvres.

Plus on va vers le libre-choix, vers les lois du marché, plus on accepte dans les faits que les résultats des élèves soient déterminés socialement. J'en ai largement parlé ici. Mais c'est message qui ne passe pas facilement.

Pourtant les exemples que je donne plus haut peuvent être vérifiés. testés, reproduits. Plus un système permet à ses élèves de sortir du "mainstream", soit en facilitant les choix d'écoles, en créant des programmes particuliers, sélectifs ou non, en permettant un accès relativement bon marché au réseau privé, plus il accepte que ses élèves issus des milieux défavorisés portent l'échec comme on porte une marque de commerce. Et malheureusement, ce n'est pas en investissant dans des mesures comme Agir Autrement qu'on va changer ça. Agir Autrement c'est un gros panier de Noël, point à la ligne. C'est nécessaire, mais pas suffisant. Ce n'est pas ce qu'on appelle une mesure structurante.

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9 avril 2009

L'effet de la courte chaîne


La FQDE a publié la semaine dernière la réflexion d'un groupe de "sages" sur le thème de l'école et la réussite. Vous l'avez probablement tous lu. On reprend là, pour l'essentiel, les propositions défendues par Camille Laurin dans son livre blanc sur l'Éducation "Une école communautaire et responsable". On parle de donner à l'école une identité juridique distincte, un pouvoir de décision accru et de faire de la commission scolaire une coopérative de services. Des propositions qui ont aussi été défendues par la FQDE lors des forums qu'a tenus la ministre de l'Éducation dans le cadre du débat sur l'avenir des commissions scolaires. Or voilà, les sages nous disent qu'un certain nombre de pas dans la bonne direction ont été faits dans la foulée des États généraux, mais qu'au moment où il faudrait faire un pas de plus, voici que la loi est modifiée et qu'on assiste plutôt à un recul.

La réaction de la ministre, telle que rapportée dans La Presse: "Michelle Courchesne refuse de confier plus de pouvoir aux écoles comme le propose un collectif formé de six «sages» du monde de l'éducation. La ministre demande toutefois aux commissions scolaires d'être «moins bureaucratiques» afin de «donner de l'oxygène» aux écoles". Si vous permettez le lien avec la période pascale, ça rappelle la bonne vieille méthode du lavabo et de la savonette mise au point par Ponce Pilate.

C'est fou le monde... Tout le monde veut plus de pouvoir et de marge de manoeuvre pour lui, mais personne n'est prêt à en laisser plus aux autres... Tout le monde veut qu'on lui rende des comptes, mais tout le monde veut en rendre le minimum. La ministre se donne plus de pouvoir pour intervenir dans les commissions scolaires en modifiant la loi, mais dans la loi ne donne pas plus de pouvoirs aux écoles... et demande aux commissions de donner plus d'air aux écoles en desserrant les contrôles bureaucratiques. Tout cela en bombardant le réseau avec une série de plans d'intervention et d'action ministériels de tout acabit, pas coordonnés et encore moins intégrés, assortis de d'états de situations à produire, de plan d'action locaux et de date d'échéance, de reddition de compte et de contrôles bureaucratiques et tout ça aboutit sur les bureaux des directions d'école. Non, le monde est fou.

On a les sages qui disent qu'il faut miser à fond sur l'effet école pour favoriser la réussite et la ministre qui semble vouloir miser sur une sorte d'effet Courchesne. Ou l'effet de la courte chaîne. OK, le jeu de mots était facile...difficile de résister toutefois.

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27 février 2009

La double fracture



Je lisais des choses fascinantes chez Clément Laberge ces jours-ci. Toute cette histoire de livres électroniques m’emballe et m’inquiète à la fois. Pour plein de raisons. J’écoutais l’entrevue que Clément a donné au réseau Argent. À une question de l’intervieweur, il répondait que les jeunes aujourd’hui lisent, mais pas forcément les mêmes choses, aux mêmes heures et de la même façon. Il a laissé entrevoir que ces nouvelles façons de lire finiraient sans doute par avoir un impact sur la façon d’écrire ou de concevoir une œuvre littéraire (il n’a pas dit ça exactement comme ça, mais c’est ce que j’ai compris).

Et je me suis mis à penser aux eBook, et aux supports matériels à partir des quels on lirait. Là, j’ai eu un flash poche : qu’est-ce qui arrive si je suis sur une plage déserte et que la pile de mon portable, eBook ou Blackberry me fait dans les mains… Les deux tomes de du Don Quichotte de Cervantès, ceux qui sont imprimés sur du papier, ça se lit pendant des heures et jamais les piles ne meurent… Angoisse.

Mais au-delà de tout ça, on a dans nos écoles des enfants qui peinent à lire parce qu’on le leur enseigne mal, avec des méthodes décriées et dénoncées par tout ce qui se fait de sérieux en recherche depuis 20 ans. Et c’est surtout vrai pour les enfants issus de milieux défavorisés. Et un enfant qui peine à lire à la fin de la 1ère année est à haut risque de terminer son cours primaire avec du retard, d’accumuler du retard, de ne pas persévérer, et vous connaissez le reste. Et puis les liens entre la littéracie, la pauvreté, la santé et la qualité de vie sont tous très bien documentés. Il y a là une urgence.

Il faut apprendre à nos jeunes à lire, du mieux qu’on peut, avec les meilleurs outils disponibles, les approches les plus efficaces, pour que ces mêmes jeunes soient ensuite capable de lire…pour apprendre, pour découvrir le monde et réclamer leur part de l’héritage de tous ceux qui étaient là, avant eux. Ça commence par maîtriser l’alphabet, les sons, les syllabes, les mots. Ensuite, le langage écrit, et puis tous les autres langages : celui des sciences, des arts, de la technologie, celui du cœur, des gestes et des émotions.

Moi je dis que dans une société dite du savoir, si rien n’est fait, on se dirige vers un clivage entre ceux qui pourront savoir et penser et ceux qu’on nourrira de préjugés et d’opinions toutes faites. Une fracture avec d'un côté ceux qui lisent pour apprendre et de l'autre, ceux qui n'ont pas appris à lire.

Et le passage au livre numérique dans tout ça ? Je ne vais pas faire un long papier là-dessus aujourd’hui, mais pour quiconque s’intéresse à la chose, il est connu que des relations très claires existent entre la pauvreté, l’exclusion sociale et l’exclusion numérique. Il y a un temps déjà qu’on sait que ce qu’on appelle la fracture numérique est un obstacle à l’utilisation des technologies de l’information à des fins de développement social.

Voilà, c’est un peu brouillon, mais c’est un premier jet. Moi qui peste, crie et pleure pour que nos enfants puissent lire et aimer lire très tôt dans leur développement, surtout dans les milieux les moins favorisés, cette idée de livre électronique me donne un petit vertige. À cause de cette idée de double fracture. À cause de tout ce à quoi un nombre important d’enfants risquent de ne pas avoir accès. Rassure-moi Clément !

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23 décembre 2008

"Merci, je suis encore humaine"


"Ca y est les larmes étaient au bord de mes yeux depuis ce matin et là ça a débordé! Y'a rien à faire, la misère je la côtoie tous les jours, depuis des années, mais ça me fait toujours pleurer. Merci, je suis encore humaine!"

Ce matin, j'ai lu ce commentaire et quelques autres venus d'Outre-Atlantique. Bien sûr, tous font référence à l'histoire de la directrice. Mais ce commentaire, il n'est pas sur mon blogue. En regardant les stats du Dernier restaurant, j'ai vu un peak de plusieurs centaines de lecteurs pour ce billet. Ils venaient tous d'un site de l'Hexagone qui m'a l'air d'être fréquenté par des gens du monde de l'éducation. Ça s'appelle Cartables.net. Comme quoi il y avait quelque chose d'universel dans cette courte tranche de vie. Mais en même temps, c'est une histoire d'école. Une vraie. Et on le sait, l'école, on ne la raconte pas assez. Je veux dire les vraies histoires dans les vraies écoles.

La directrice s'est aussi retrouvée dans toutes les boîtes aux lettres des directions et directions adjointes d'écoles qui sont membres de la FQDE. Ils sont plus de 2 000 au Québec. Le billet a été publié dans le bulletin de la Fédération, "Les Manchettes".

Mais comme a dit la directrice, apaiser la misère momentanément, c'est la partie facile. Elle, elle a fait ça parce qu'elle l'a toujours fait. Il y a quelques jours, elle a appris qu'on allait protéger son salaire pendant deux ans, parce qu'elle a maintenant un peu moins de 250 élèves dans son école. Dans deux ans, si elle ne veut pas perdre quelques milliers de dollars par année, elle devra changer d'école... Rank and files. Mais ça ne la fera pas changer d'école, même si elle trouve ça poche.

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8 décembre 2008

Je m'en vais voter


J'avais décidé de ne pas voter. Et là je viens juste de terminer pour la quatrième fois le billet d'à côté, celui sur la directrice. Et j'ai décidé d'aller voter pour Québec Solidaire. Juste parce que ce sont les seuls qui nous promettent de modifier la façon dont on finance les écoles privées.

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10 octobre 2008

Les mots pour (ne plus) le dire


Deux fois l'an, depuis plus de dix ans, on réunit tantôt à Montréal, tantôt à Québec, ceux qu'on appelle les gestionnaires de l'éducation pour faire le point sur ce qui s'appelait jadis la réforme. Vous aurez compris que je parle des fameuses rencontres nationales.

Jusqu'en octobre 2005, on parlait des rencontres nationales sur la réforme de l'éducation. En mai 2006, on a changé les cartons d'invitation pour y inscrire la chose sous le titre: "rencontre nationale sur le renouveau pédagogique". Dans le temps, on nous avait expliqué, à mots couverts, qu'il fallait que le ministre d'alors et son gouvernement prennent une distance avec la réforme du gouvernement précédent, mais que tout continuait. Voilà qu'on me raconte qu'on a encore, pour la rencontre d'octobre qui vient, modifié le nom de la chose: on parle désormais de la "rencontre nationale des gestionnaires de l'éducation". Ce n'est pas un changement banal ou innocent. Ça ne s'appelle plus prendre une distance... Mais si ça s'arrêtait là...Ça se poursuit dans un document d'accompagnement/information sur la dite rencontre qui se tiendra à la fin d'octobre. À la première page du document en question, sans doute pour le bénéfice des nouveaux, on dresse un portrait général de ce que sont ces rencontres, d'où elles viennent, à quoi elles servent, etc. Mais croyez-le ou non, on a réussi l'exploit de ne pas utiliser une seule fois dans cette page d'historique les mots "réforme" ou "renouveau". Juste une vague allusion à un hypothétique (ou hypothéqué !?) "projet commun"... on a vraiement trimé dur pour trouver "les mots pour ne plus le dire". (Pardonnez-moi, fans de Marie Cardinal, pour cet emprunt maladroit.)

C'est drôle, mais ça me rappelle cette belle expression du terroir: "On s'met en faillite pis on r'part ça su'un autre nom". Notre sociolecte est bien vivant. Il évolue, sauf qu'il n'invente pas de nouveaux mots pour décrire des réalités nouvelles. Il invente des nouvelles façons de dire les mêmes vieilles affaires.

Permettez-moi donc de paraphraser le Jourdain de Molière: "Par ma foi ! il y a plus de dix ans que je m'occupe du "projet commun" sans que j'en susse rien, et je vous suis le plus obligé du monde de m'avoir appris cela."

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4 septembre 2008

L'ascenseur social, ou pourquoi "je ne voudrais pas être membre d'un club qui m'accepterait comme membre"


La citation en titre serait de Woody Allen. Le cri du coeur de quelqu'un qui tente d'échapper à sa condition et qui pense à tort ou à raison que c'est à fréquenter le gratin qu'on y parvient. Le sociologue Merton appelait ça de la "socialisation par anticipation " (anticipatory socialization). Un processus de "resocialisation" qui consiste à abandonner progressivement ce qui nous relie à notre groupe d'appartenance au profit des valeurs, des façon de faire et de la culture du groupe auquel on voudrait bien adhérer.

Je ne pensais pas parler de ça ce matin, mais c'est cet extrait, tiré de la section "veille ministérielle" sur le site du MELS qui m'y a incité:

"Contrairement à l'idée reçue selon laquelle ce seraient les bonnes performances d'un établissement scolaire qui détermineraient le choix des parents, une revue des travaux sur la question montre que ceux-ci comptent surtout sur leurs réseaux sociaux.

Bien que les parents déclarent formellement fonder leur choix sur la bonne performance de l'établissement, leur attitude indiquerait, selon l'ensemble de ces travaux, que leur décision s'appuie d'abord sur des critères de différenciation sociale et ethnique."

Les caractères gras sont de moi.

Et j'ai pensé à l'école privée, aux programmes particuliers sélectifs, aux écoles internationales et à toutes ces choses où beaucoup de gens s'inscrivent juste pour pouvoir dire qu'ils ont été dans un club où tout le monde n'est pas accepté, ce qui fait d'eux des personnes différentes. Et j'ai pensé à la phobie qu'on a de l'école des pauvres, des "grosses polyvalentes" de l'école multiethnique et tutti quanti. Et j'ai pensé aux réseaux sociaux au sein desquels on voudrait bien que nos enfants soient acceptés: le gratin des Brébeuf de ce monde ou le collège ou le programme préféré des enfants des notables du patelin où on habite. Et le plaisir qu'on aurait à fréquenter nous-mêmes ce gratin lors des activités auxquelles sont conviées tous les parents d'élèves... Ça m'aide à comprendre pourquoi il y si peu de jeunes de 17 ans qui font le choix de la formation professionnelle. Pourquoi on parle encore et encore de valoriser cette voie de formation. Des petits métiers pour le p'tit peuple, personne souhaite ça pour ses enfants...

Alors voilà, il y a l'ascenseur social pour les uns et l'escalier de service pour les autres. Et il y a des milliers de personnes, des dizaines de milliers de personnes qui sont prêtes à défendre ça. Une question de libre choix dira-t-on.

Bonne rentrée quand même,

Le Neuf

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29 mai 2008

La loi 88 et les changements de couche


"La Fédération des commissions scolaires du Québec (FCSQ) s'est opposée hier en commission parlementaire à ce que la ministre de l'Éducation puisse imposer aux différentes commissions scolaires des mesures précises pour atteindre des objectifs locaux"

"L'organisme émet également des réserves à l'idée que les commissions scolaires concluent des ententes de gestion et de réussite avec les directeurs d'école. «La Fédération ne croit pas que la conclusion d'une entente annuelle avec un "employé" soit une solution efficace», peut-on lire dans son mémoire. Les représentants de la FCSQ se sont montrés réfractaires à l'idée de «négocier» des ententes avec les directeurs d'école."

Ce sont deux extraits d'un article tiré de l'édition du Devoir du 29 mai. Vous voyez ce que je voulais dire dans la note d'à côté. On a un organisme, la Fédération des commissions scolaires qui dit à la ministre de l'Éducation: ne nous dites pas quoi faire, et ne nous obligez pas à négocier des ententes de services avec des directions d'écoles... Ben oui: personne ne veut que quelqu'un au-dessus de lui ne vienne contrôler ses affaires, mais tout le monde veut plus de pouvoir pour pouvoir se mêler des affaires des autres.

En passant, cette espèce d'indignation de la Fédé des commissions scolaires à devoir "négocier" avec un "employé" est un rappel de ce pathétique épisode où, sur la place publique, commentant la position de la Fédération des directions d'établissements sur la gouvernance scolaire, M. André Caron, président de la FCSQ leur avait recommandé d'essayer de se souvenir des personnes qui signaient leurs chèques de paye: «On a ici un groupe qui relève de la direction générale d'une commission scolaire, qui elle-même est sous le conseil des commissaires, et qui remet en question la structure qui la dirige. Sur leur chèque de paye, il y a des signatures! Et c'est la présidence et la direction générale de la commission scolaire. Disons que tout ça est étonnant et déplacé.» J'avais commenté ça ici, le 22 mars 2007.

J'ai aimé la réplique de la ministre qui a dit au représentant de la FCSQ que son affaire, ça ressemblait pas mal à du gros statu quo. Ha, le changement... on aime bien l'imposer, mais jamais le subir, à moins bien sûr d'être un nourrisson et d'avoir la couche qui déborde.

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15 mai 2008

Comme une réforme, tsé comme, mais sans les États généraux


La rédaction de ce billet a débuté avec cet extrait, tiré du Devoir de ce matin. Un commentaire, comme une bouteille à la mer, à l'intention de Mme Chouinard.

"La ministre de l'Éducation pose une question tout à fait pertinente: est-il normal que l'État soit impuissant à suivre ses propres politiques dans des commissions scolaires et dans des écoles qu'il abreuve de neuf milliards de dollars? Combattant les dérives de la décentralisation, Michelle Courchesne choisit de repousser le balancier du côté du contrôle." (Édito de Marie-André Chouinard, le Devoir du 15 mai 08)

Un peu d'histoire. François Legault, on s'en souvient, nous a laissé de son passage au ministère de l'Éducation, le concept de plan de réussite. Le milieu de l'éducation a résisté à ce changement. Par ailleurs, la production de ces plans n'avait pas de caractère prescriptif. Puis, le ministre a dit: "Je vous envoie 10$ par élève a priori pour financer les mesures de réussite qui seront mises de l'avant dans vos plans. Faites-moi ensuite parvenir vos plans, et je vous envoie un autre 10$ a posteriori." Comme c'était des sommes intéressantes et qu'on ne crache pas sur l'argent, on a tous fait des plans de réussite. Plus tard, on a modifié la façon de faire et le 20 dollars a été versé a priori pour tous les établissements. Et pendant quelques années on a roulé avec ce qu'on appelait désormais "le Plan Legault". Plus tard encore, la loi a été modifiée et les plans de réussite sont devenus une obligation, en même temps que les plans stratégiques pour les CS.

On sait qu'à la rentrée 2003, le Plan Legault a pris le bord de la poubelle. On a recyclé l'argent dans un programme d'aide aux devoirs. Et c'est là que je veux en venir: le pouvoir de dépenser du ministère. Le pouvoir de dépenser est un pouvoir dont les gouvernements se servent pour intervenir dans des domaines qui ne relèvent pas toujours de leur juridiction. Ils s'en servent pour contourner les effets de la décentralisation. Dans ce cas-ci on parle d'un état, qui a dit un jour aux écoles: donnez-vous des plans et on va participer à vos efforts pour relever les niveaux de réussite, à hauteur de 20$ par élève par année. Vous faites une analyse de votre situation, vous identifiez des obstacles à la réussite et vous vous attelez à les faire disparaître.

Puis un beau jour, ce qu'on entend c'est: vous savez, vous aviez 20$ par tête de pipe pour mettre en place des moyens sur lesquels vous vous êtes entendus dans vos écoles et qui ont reçu l'aval de vos CE. Ben là, c'est plus comme ça. Nous on dit que vous allez prendre le 20$ et organiser de l'aide aux devoirs. On décide que c'est ça le bon moyen, partout pareil, dans chaque école. Et en plus, ça nous permet chaque année de faire de belles annonces politiques.

Voyez-vous Madame Chouinard, le balancier est revenu du côté du contrôle depuis quelques temps déjà. On appelle ça des enveloppes dédiées. Dans le langage de tous les jours, c'est de l'argent "taggé". Et ça, on en a de plus en plus dans les écoles. Appelez une direction d'école, de préférence en milieu défavorisé, et demandez-lui le nombre "d'états de situation" et de plans d'action qu'elle a à produire pour satisfaire à des politiques et des programmes qui nous arrivent chaque mois: un état de situation et un plan à faire pour des Écoles en Santé, d'autres encores pour la Stratégie d'intervention Agir Autrement, encore aussi pour faire le point sur la violence, bien s'alimenter et tutti quanti. Le plan de réussite de l'école, c'est rendu une grosse boîte à malle. On passe chaque jour, en allant promener le chien, et on ramasse les commandes.

Quand je vois arriver tout cet argent "taggé", je vous le dis, le goût me prend de retourner les chèques. Mais là, avec les modifications qu'on entend apporter à la loi, je comprends que je ne pourrai même pas faire ça. Je comprends aussi qu'avec ces modifications, l'État n'aura plus à dépenser ou à recycler de l'argent pour intervenir dans les opérations des commissions scolaires et des écoles.

Peut-être fallait-il cependant que le MELS reprenne le gouvernail et le tienne serré à cause de la tourmente où nous a plongé cet entre-deux réformes. Car on est en train de vivre une nouvelle réforme. C'est clair. Une réforme sans États généraux... une réforme au quotidien qui semble se nourrir des tendances du jour et des sondages.

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6 mai 2008

François Guité, Jane Goodall et les cadres


C'est François Guité qui m'a lancé là-dessus. Il signait ces jours-ci un magnifique billet sur les cadres scolaires. Il partageait avec la générosité qu'on lui reconnait, certaines observations qu'il a faites aux dernières rencontres nationales sur le renouveau pédagogique.

Le titre de son billet "Quelques observations sur les cadres scolaires" sonnait comme le résumé des notes de la journée d'un anthropologue qui mène une étude sur le terrain. Certaines de ses observations sont savoureuses:

"Les cadres scolaires sont très attachés à leurs cellulaires. La procession des appels privés, hors des salles de réunion, est un spectacle amusant quand on sait l’interdiction infligée aux élèves. Et c’est sans compter tous les courriels lus sur les Blackberry durant les présentations."

Le ton de ce billet m'a rappelé d'un coup cette magnifique recherche de Harry Wolcott sur les directions d'écoles; "The man in the principal's office: an ethnography" Wolcott a réalisé une étude de terrain de type anthropologique avec pour sujet un directeur d'école. La lecture de l'ouvrage, il y a bien longtemps, m'avait amené à développer un point de vue bien différent sur les processus qui sous-tendent la socialisation professionnelle des cadres d'école. Pour tout vous dire, quand on lit un ouvrage comme celui-là, on ne voit plus les choses comme avant. Parce qu'au lieu de juste voir ce qu'est un cadre scolaire, on voit comment, du point de vue des processus de socialisation et d'enculturation, on DEVIENT un cadre d'école (l'expression anglaise "to grow up as a school administrator" me semble mieux traduire mon idée).

Alors voilà pourquoi j'ai laissé la note qui suit sur le blogue de François, qui, ma foi, en publiant ses notes de terrain avait non seulement une posture qui me rappelle l'anthropologue, mais presque des airs de Jane Goodall qui débarque chez les grands singes, s'asseoit et observe... Voici donc la note:

Le cadre scolaire est celui qui, sur la planète, ressemble le plus à un enseignant. Il a en commun avec lui, dans la grande majorité des cas, de ne jamais être sorti de l'école depuis que sa mère l'y a conduit pour la première fois , vers l'âge de cinq ans. Enseignants et cadres scolaires sont des êtres profondément attachés les uns aux autres, des êtres superficiellement différents, mais profondément semblables et solidaires. C'est sans doute cette solidarité sans faille qui rend l'école si difficile à changer et l'éducation quasi-impossible à refonder. Enseignants et cadres scolaires sont des êtres fortement institutionnalisés, marqués à vie par les modèles auxquels on les a exposés depuis leur tout jeune âge. Et là, je vais pousser loin: quand on sort les cadres et les enseignants du monde qu'ils ont connus, qu'on les coupe de leurs références culturelles, ils sont presque aussi désemparés que ces pauvres bougres que la désinstitutionnalisation a expulsé loin de la sécurité de leurs hôpitaux.

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