La première étape se termine. Où en suis-je donc?
L'apprivoisement des élèves de 5e et 6e est avancé. Les enfants sont intéressants et pour la plupart, intéressés. Je vois une bonne différence au niveau de la capacité de réflexion par rapport aux élèves de 4e. C'est agréable. Ils sont plus vieux, ils sont plus rapides et plus autonomes. Par contre, il me semble que certains enfants pourraient donner plus. Je ne les sens pas poussés à donner leur maximum. Ils préfèrent s'en tenir au minimum. Et à ce moment-là, je me sens interpellée. Je voudrais qu'ils apprennent à fournir des travaux de qualité et à vivre la fierté qui accompagne ce genre de travail. Il reste du chemin à faire.
Évidemment, c'est dans ces moments-là que j'apprécie le fait d'avoir 14 élèves à suivre dans leurs progrès. Le principe de 4 groupes de suivi pour les 4 profs me rassure. Je me fais donc plus proches de certains. Ce contact privilégié avec ceux qui ont plus besoin à un moment ou à un autre me plaît beaucoup. Le fait que nous ayons une rencontre de profs de CARRIERE par cycle pour discuter de nos élèves m'alimente beaucoup aussi. Nous sommes 4 à pouvoir nous entraider, nous supporter. Et en plus, nous avons le privilège d'être accompagnées par un stagiaire en or!
Au niveau de la planification, c'est différent de ce que je connaissais. Le travail d'équipe prend beaucoup de place. J'ai vraiment très très peu de temps où je peux planifier ou corriger seule. J'adore la planification en équipe de discipline mais je n'ai pas de temps à l'intérieur des heures de classe pendant lequel je peux travailler à mes choses. Je dois donc travailler beaucoup après l'école. Par contre, j'ai toujours mis beaucoup de temps après l'école ou chez moi. Ce n'est donc pas si différent en nombre d'heures au total. Ce qui me sauve, il faut bien le dire, c'est que je suis à 80% de tâche. Connaissant mes capacités, je ne résisterais pas autrement.
En ce qui concerne la planification. Nous nous partageons les concepts mathématiques par exemple. Nous avons une merveilleuse planification mensuelle de tous les concepts à voir sur les 2 ans du cycle. C'est une base extrêmement solide. Nous nous gardons toute la souplesse voulue en échangeant parfois des concepts selon les projets vécus en classe. Le fait de ne pas avoir de livres officiels m'enchante. Ma collègue pour les maths est une vraie soie. Elle connaît bien les différents matériels de 5e et de 6e. Elle me suggère régulièrement de puiser dans un livre ou l'autre parce que l'approche est meilleure. Je prépare ensuite ce que j'ai à faire vivre aux enfants. En 4e, j'avais cette tendance de vouloir m'éloigner du manuel commun pour tous. J'avais réussi à me distancer des livres en français et en sciences. Je suis donc comme un poisson dans l'eau dans cette classe ou nous n'avons aucun matériel spécifique mais plein de ressources diverses. Nous puisons donc le meilleur de chaque ouvrage.
C'est un grand avantage aussi d'être partagées en deux équipes d'enseignantes. Chaque duo a ses spécialités. J'enseigne dons les maths, les sciences, la partie «apprécier des oeuvres littéraires» du français, l'enseignement religieux à la 2e étape et pendant 2 étapes l'an prochain.
Pour les maths, nous avons divisé nos 56 élèves en 4 groupes (d'après un test diagnostic) et nous planifions en vue d'adapter nos interventions selon les regroupements qui servent le mieux les élèves. C'est vraiment bien. Pour les fractions par contre, nous préférons voir les 5e et les 6e séparément.
En sciences, en lecture (apprécier) et en enseignement religieux, nous travaillons avec le groupe entier partagé en équipes selon les intérêts des projets.
Ce que j'ai trouvé le plus difficile pendant cette étape, c'est de vivre l'apprivoisement. Nouveau pavillon, nouveau fonctionnement d'école, pré-ados, nouvelles collègues, nombreux petits détails (de l'horaire des récréations au service du dîner en passant par les petits gestes du quotidien avec un groupe de 56), et évidemment, le fait de travailler en équipe étroite. Accepter que toi tu es plus simultanée et moi plus séquentielle, qu'une a des idées de génie, que l'autre est plus stressée, qu'une aime quand c'est vite fait, que l'autre est plus lente, accepter que l'une est partie en congé de maladie et qu'il faut vivre avec l'incertain tout en se souciant de la qualité offerte aux enfants... Pas facile mais aussi, si riche! Je me sens la plupart du temps du côté de l'émerveillement! Je suis épatée de ce qu'on réussit à faire ensemble et du bonheur qu'on y trouve. Je dois apprendre à me donner du temps. Je voudrais être bien bonne, bien vite. Mais je choisis, entre autre grâce à ce carnet, de me questionner et de m'adapter. Je suis «ben faticante...» (sic) avec mes questionnements intérieurs mais ils me font avancer. Je suis en marche, toujours.
Par moments, je sentais que je ne nourrissais pas suffisamment les plus doués et ça me dérangeait. J'ai commencé du nouveau dernièrement et le plaisir de les voir curieux m'a redonné l'énergie qui m'anime tant habituellement. Je m'en préoccuperai davantage à la 2e étape. Je m'en fais un objectif. Les moyens que je prendrai? Prévoir des activités d'enrichissement. J'aimerais les afficher pour qu'ils n'aient plus à se demander ce qu'ils pourraient faire lorsqu'ils ont terminé. En 4e, j'avais un tableau de programmation. C'était plus simple car j'enseignais presque tout. Ici, j'ai essayé de semer l'idée mais la gestion semblait trop compliquée. Je vais laisser mûrir mon idée et j'arriverai avec des propositions pour mon équipe.
J'aime voir les enfants actifs, intéressés. Je crois que c'était un moment à passer. Et comme chaque fois, j'y vois un tremplin qui permet de sauter un peu plus loin.
Je suis toujours épatée par la grande richesse de cette communauté d'apprentissage que nous créons à chaque jour. Chaque membre doit prendre sa place et découvrir comment il peut apporter son petit grain de sel à l'ensemble. Même chose au niveau de l'équipe de profs. J'ai un réel plaisir à vivre avec une équipe de profs aussi sympathique. Je crois que ce qui nous aide beaucoup, c'est que nous sommes vrais. Nous ne nous enfargeons pas dans les fleurs du tapis et nous sommes le plus souple possible. Ce qui a été plus ardu a été qu'une de nous a dû être remplacée depuis fin-septembre. Nous avons dû composer avec une suppléante (très compétente heureusement!) et vivre un grand stress par rapport aux enfants. Nous avions tellement à coeur qu'ils ne soient en aucun cas défavorisés.
D'autres défis pour la 2e étape: le temps que je prends pour la gestion des carnets et l'enseignement de la gestion des conflits. J'y reviendrai sans doute.
À ne pas oublier: notre prochaine heure du bonheur en équipe de profs! (Nous nous réservons régulièrement un petit moment de folie ensemble) Nous sommes dus!
Je suis tombée sur votre billet par hasard et je l'ai lu avec beaucoup d'intérêt. Je me suis souvent interrogée sur le fonctionnement de votre classe au quotidien et surtout sur la façon dont vous, les professeurs, arriviez à créer cette ambiance si spéciale et inspirante. Je constate que ça ne se fait pas tout seul et que votre dévouement et votre travail acharné en sont la source principale.
Je suis contente de lire vos pensées, vos questionnements; on dirait que je (à titre de parent) me sens plus près de vous. Souvent, on a tendance à croire que nous avons peu de place dans la classe de nos enfants et de vous lire c'est comme si vous aviez laissé la porte de votre classe entrouverte...
Je peux vous dire en terminant que mon enfant est extrêmement heureux dans Carrière et je vous en remercie...et je continuerai à vous lire...