Diane Delisle

Le ePortfolio d'une Professionnelle à la Pédagogie au Primaire

Je partage

30 janvier 2006

Technologie ou expérience humaine?

Depuis septembre, nous avions le privilège d'utiliser en essai un Active Board. Il s'agit ni plus ni moins d'un logiciel dans notre ordinateur qui nous permet d'enseigner en attirant l'attention de tous et en permettant des démonstrations à propos de notions parfois difficiles à faire comprendre. J'explique. En branchant un projecteur et ce tableau«magique» à notre portable, nous allions bien au-delà du projecteur à transparents traditionnel. Nous pouvons, à l'aide d'un crayon spécial qui nous sert de souris, aller écrire sur le tableau par-dessus ce que nous avions préparé ou par-dessus une carte géographique, une image déjà intégrée dans les outils (quadrillage, figures géométriques, silhouettes, fleurs, animaux...) ou une image empruntée à Google par exemple. Imaginez une leçon à propos de la mesure d'un angle quand vous avez comme outil un rapporteur géant à projeter et que vous pouvez le déplacer et le faire tourner. Quelle joie pour un élève de venir au tableau écrire avec un tel crayon! Il pouvait choisir sa couleur, la largeur du trait, utiliser une efface, un surligneur. Et pour le prof, préparer une explication, sauvegarder le cours qu'il vient de vivre mais surtout, rendre ses cours plus captivants. C'est un réel plaisir cet outil! Plus nous le découvrons, plus nous sommes épatés par les possibilités. Avec l'abonnement à Scoop (de la compagnie deMarque), nous avons découvert aussi quelques leçons qui utilisent l'Active Board. Wow! J'avais une leçon sur Martin Luther King que j'aurais bien aimé faire vivre si nous avions gardé le tableau.

Mais voilà que nous arrivions à l'échéance de l'essai et que nous devions choisir. Comme l'achat du tableau impliquait une bonne somme d'argent, des enfants ont proposé d'utiliser les sous qui restent pour l'école à la suite de la dictée PGL. Ces élèves ont donc demandé l'avis des autres au conseil de coopération.

Nous avons dû prolonger notre conseil de coopération après la récré car nous n’étions pas à l’aise de constater que la classe était divisée en deux après le 1er vote. Il en est ressorti que nous avions d’un côté, des gens mordus de techno qui auraient vendu leur chemise et de l’autre, des jeunes qui trouvaient qu’ils étaient déjà très chanceux d’avoir chacun un portable et qui voulaient vivre une expérience ensemble.

Ils ont vu que nous vivions parfois des pertes de temps avec le tableau. Ils nous ont vus nous ajuster, faire des essais, reprendre le processus pour que le tableau fonctionne vraiment… Nous avons expérimenté devant eux… Nous avons fait notre possible pour les convaincre des avantages de ce tableau pour une classe à haute teneur technologique comme la nôtre mais nous n’avons pas choisi la voie du «il le faut à tout prix».

Finalement, le vote a été refait après une discussion soutenue. Les enfants ont choisi de remettre le tableau à la compagnie. Nous devrons rediscuter à un conseil ultérieur si nous voulons vivre une sortie pédagogique ou quelques-uns voudraient même que nous donnions tout l’argent aux pays aidés par PGL. C'est là que les frissons ont commencé à se promener sur mon corps. J'étais vraiment émerveillée...

Aurions-nous dû pousser plus loin pour garder le tableau? Peut-être. Mais nous avons choisi une véritable possibilité de démocratie sans trop la biaiser. Nous avons été ouverts par rapport à de l’argent que les enfants ramassent eux-mêmes et nous avons écouté les propositions des enfants qui préfèrent vivre un événement ensemble plutôt que de léguer un bijou à CARRIERE.

J’espère être un bon porte-parole de ce que nous avons vécu. Moi qui le voulais tant ce tableau, je ne suis pas déçue. Je me dis que c’est partie remise. Ce qui compte cette année, c’est la merveilleuse découverte que nous avons faite avec cet outil et la décision que nous avons prise de respecter la volonté des enfants. Quelques-uns se creusent déjà sans doute les méninges afin de nous aider à trouver une solution pour l'acheter. Certains élèves de 5e se promettent d'y revenir l'an prochain.

J’y ai perçu une volonté de faire passer des valeurs plus humaines en premier. C’est pour cela que j’étais si émue de leur réaction. J'étais devant ces 56 visages (moins quelques absents, c'est vrai!) et j'étais vraiment très fière!

La discussion

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Je suis tellement heureux de ce billet. La semaine dernière, j'ai eu le privilège d'entendre le même récit du point de vue de mon fils qui devait faire partie de ceux «qui ont une chemise à vendre»...

Vous dire comment c'était beau de l'entendre; un cours «démocratie 101». «Et le pire,» c'est ce qu'il m'a dit, «c'est que les quatre profs voulaient le garder, eux, le tableau!» Il m'a alors expliqué les enjeux, les arguments des uns, ceux des autres, les siens, les vôtres et puis les conséquences du vote.

Merci de me ramener à cette conversation père/fils par la lecture de votre point de vue. Il était déçu d'avoir perdu son vote, mais de la manière qu'il m'en parlait c'est comme s'il avait gagné quelque chose de mieux par cette expérience. D'autant plus qu'il était le seul de la famille à ne pas avoir pu voter lors des élections fédérales.

Ce que ça peut faire que de sentir qu'on est assez important pour participer à la décision... surtout quand on est concerné, qu'il s'agit de sous ($) qu'on va participer à ramasser et qu'au demeurant, on comprend les règles de fonctionnement.

Je suis d'autant plus heureux que je constate que les yeux de vos ouailles avaient l'air de ceux que j'ai vus chez mon voisin de banquette dans mon auto, l'autre soir entre l'école et la maison !

Merci.

Écrit par Mario Asselin le 30 janvier 2006

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