Michel m’avait mis ce livre dans les mains à Noël. Sa commission scolaire les forme par rapport à la thérapie de la réalité et il voulait me partager un peu de ce qu’il apprend. En ce jour merveilleux de tempête, j’attaque la lecture de ce bouquin, traduit par Gervais Sirois, un homme que j’admire vraiment pour son attitude. Il incarne vraiment le prof qui crée un milieu où il y a beaucoup de plaisir et où les apprentissages se font sans forcer, sans autorité.
J’avais déjà lu L’école qualité du même auteur et j’avais été ébranlée. Je le suis encore avec ce livre. Il y a quelque chose qui m’attire dans sa théorie qui, soit dit en passant, est vécue dans plusieurs écoles américaines et à travers le monde.
Afin de clarifier mes idées, j’essaie d’écrire l’essentiel de ce que j’y ai lu.
Je suis en accord parfait avec sa théorie sur le contrôle externe qui ne donne rien. Nous devons nous débarrasser des 7 habitudes nocives : critiquer, blâmer, se plaindre de, harceler, menacer, punir et récompenser dans le but de contrôler. Comment vivre des relations harmonieuses avec nos jeunes (et moins jeunes) si nous les contrôlons? Bien qu’il soit difficile de se débarrasser de nos vieilles habitudes, la notion de rapports égalitaires et stimulants prend le dessus sur le contrôle. Je crois qu’en équipe, nous pouvons nous entraider à bannir ces habitudes. Nous avons déjà fait de beaux pas avec notre approche de réparation lorsqu’un enfant a un comportement abusif. Il ne faut pas s’asseoir. Continuons!
Devant un comportement inadéquat la semaine dernière, j’ai fait un test. Je me suis avouée dépourvue car les interventions que je faisais ne portaient pas de fruit. J’ai donc demandé l’aide des élèves afin de m’aider à trouver une solution. Étonnant! Impliquer les élèves a toujours été pour moi une priorité et les inviter à m’aider me l’a encore une fois prouvé. Personne n’a perdu son intégrité, il n’y avait pas de perdant-gagnant. Je veux me souvenir de cette intervention. Me montrer préoccupée par les enfants les met en confiance et leur permet de sentir qu’ils ont de la valeur pour moi. Et les solutions trouvées par eux pour eux sont tellement plus efficaces.
Je répète souvent qu’«à tout problème, il y a une solution». À mes élèves et beaucoup à mes enfants. Je veux tellement leur montrer qu’en réfléchissant bien, on peut être créatif et trouver comment résoudre nos problèmes. J’adore aussi participer au Conseil de coopération pour cette raison : nous pouvons y vivre des exemples fabuleux de résolutions de problèmes. Je l’apprécie également pour toute la notion de démocratie qui est mise en application et pour le contrôle donné aux enfants qui leur fait réaliser qu’ils ont de la place dans la classe et que leurs idées sont importantes. Voir par exemple ce Conseil.
La théorie du choix enseigne que nous sommes tous responsables des choix que nous faisons. Il s’agit donc de mettre la table pour que notre classe s’y prête bien.
J’ai lu ensuite sur la Classe Basée sur la Compétence (CBC) dans laquelle le contrôle externe n’est pas utile. Dans ce genre de classe, on n’attribue que des B et des A. Assez révolutionnaire, non? On donne accès à tout lors d’un test. Tout ce qui préoccupe l’enseignant c’est le travail de qualité. Lors de la correction, tout élève peut obtenir un B s’il fait une excellente correction qui prouve qu’il a compris. «On n’apprend pas en faisant des erreurs mais en les corrigeant». Inscrire «incomplet» à un élève qui n’a pas assez travaillé lui donne la chance d’apprendre; il a ainsi encore le choix de s’investir. Tandis qu’une note basse l’éteint. Offrir une correction qui démontre qu’on a compris et qui peut nous permettre de se montrer plus compétent serait plus motivant que de corriger parce que le prof le demande.
Je suis rassurée quand je lis que «vous avez choisi le travail le plus difficile qui soit sur le plan des relations humaines. Rien d’autre ne s’approche de ce que vous avez à faire pour créer les relations dont vous avez besoin pour réussir votre enseignement. Beaucoup d’élèves ont désespérément besoin de vous et ils n’en sont même pas conscients. Ils se sentent seuls et manquent de confiance en eux.»
Selon Glasser, l’éducation, c’est «utiliser et améliorer la connaissance». Dans la vraie vie, on recherche la compétence. Je suis heureuse de voir qu’avec la réforme du Québec, on tend à se rapprocher de la compétence plutôt que de la connaissance. L’auteur fait un lien avec les activités parascolaires où la compétence est requise pour faire partie de l’équipe de basket ou de celle du journal étudiant. Les jeunes qui s’inscrivent à ces activités comprennent la valeur de chaque activité et ils se sentent bien en les réalisant. Permettons-nous aux jeunes de comprendre la valeur de ce que nous enseignons et de se sentir bien en réalisant les activités?
Cinq habiletés sont requises dans le milieu du travail : lire, écrire, pouvoir utiliser des notions d’informatique. Deux des compétences dont parle l’auteur sont extrêmement importantes dans la vie du travailleur : savoir parler et écouter. Nos groupes de base sont un tremplin extraordinaire pour leur permettre de vivre et d’améliorer ces deux compétences. Mais où est la mémorisation? Six autres habilités sont utiles : «la résolution de problèmes, l’application des connaissances, le leadership, la coopération, la parole et une bonne capacité d’écoute.»
«La compétence devrait être la principale valeur de l’école.» «Le succès d’une CBC (classe basée sur la compétence) dépend de l’habileté (du prof) à convaincre (ses) élèves qu’il vaut la peine de travailler pour devenir compétent». Ainsi, ils ne peuvent pas croire que nous leur accorderons un résultat pour un travail qui ne serait pas valable. Il paraît que le plus difficile pour un prof serait d’accepter que tous peuvent faire un travail compétent. De mon côté, j’aurais tendance à croire que plus nous attirons vers le haut, plus les enfants sont motivés à offrir plus. La lecture du livre Les enfants viennent du paradis de John Gray m’avait montré à quel point ce sont souvent les contextes qui bloquent les enfants.
Les enfants déjà habitués aux bons résultats seraient-ils frustrés par l’approche de la CBC? Selon Glasser, ils seront rassurés s’ils apprennent qu’en devenant occasionnellement assistants du prof, ils pourraient passer de B à A car il n’y a rien de mieux que d’enseigner pour apprendre. Ils peuvent aussi répondre à une question supplémentaire qui les met en valeur dans la compétence évaluée.
Ce qui serait peut-être tordu à faire accepter c’est le principe selon lequel le prof pourrait décider d’arrêter les élèves en plein test pour leur expliquer ce qui semble difficile. Selon lui, il s’agit d’un parfait moment pour enseigner car les enfants sont en besoin. Ils donneront alors toute leur attention. Il permet aussi d’apporter le test à la maison si le temps venait à manquer. Mais pour obtenir une bonne cote, les enfants devront expliquer pourquoi ils ont écrit telle ou telle chose. Le prof veut vraiment savoir si l’élève a compris. La gestion de classe devrait donc permettre des rencontres individuelles. Le fait de connaître les questions lors du test place les enfants dans une situation où ils doivent se concentrer pour démontrer leur compétence. Le fait de prendre tout le temps voulu place les élèves dans une situation où ils choisissent de réussir. C’est un message clair aux élèves pour leur dire que ce qui nous préoccupe c’est qu’ils deviennent compétents.
Quel rêve de construire avec les parents une école axée sur la compétence où on s’entraîne à éviter le contrôle externe et dans laquelle on axe nos interventions sur la compétence à acquérir!
Aucune note ou cote ne serait attribuée sur des connaissances apprises par cœur. Je crois quand même que la conjugaison et les tables doivent être mémorisées absolument. Les règles de base et certaines exceptions doivent faire l’objet d’un apprentissage systématique. Je crois qu’il faut garder en tête que la base doit être apprise. Il me semble qu’on gagne du temps à savoir la base, que l’enfant doit apprendre à douter et que pour cela, il lui faut quelques notions de base. Par contre, je suis bien d’accord avec le fait que ce n’est pas cela qui nous dira si l’enfant est compétent. Nous devons lire les textes qu’il rédige et voir s’il sait appliquer ce qu’il a appris. C’est certain que dans un tel contexte, l’enfant a toujours droit à tout son matériel.
J’aime bien le fait d’accorder du crédit aux élèves qui se corrigent bien. Tant qu’un élève a le désir de s’améliorer, il peut se reprendre. Et il est plus facile de le motiver ainsi.
Glasser distingue ensuite deux comportements perturbateurs : le comportement d’incidence sans intention préméditée de déranger et l’autre, beaucoup moins fréquent : le comportement perturbateur qui survient à la suite d’un effort prémédité pour déranger. Dans le 1er cas, de brefs rappels ou discussions suffisent en plus des sept habitudes qui encouragent à établir des liens harmonieux : compassion, écoute, donner du support, contribuer, encourager, faire confiance et donner son amitié. Dans le second cas, nous devons trouver comment établir ou rétablir la connexion. La lecture d’un autre livre est suggéré : La liberté de choisir : s’affirmer sans contrôler. Pour se connecter, il ne faut pas qu’il y ait contrôle ou pouvoir d’un côté. Il suggère donc qu’il y ait un lieu dans l’école qui permet aux élèves perturbateurs de réfléchir et de vivre la théorie du choix. Le prof pourrait dire : «J’aimerais que nous continuions d’essayer de nous connecter mais pour le moment, je ne vois pas ce que je pourrais faire d’autre que de t’envoyer à cet endroit pour un certain temps.» Ensuite, avec les autres élèves, l’enseignant peut essayer de voir s’il y avait d’autres solutions. Il mentionne aussi le fait que l’élève perturbateur avait le choix. Dans ce local où l’élève est envoyé, il n’y a rien de spécial à faire. L’élève peut parler avec un adulte sur place (comment rendre quelqu’un disponible ?), s’asseoir et réfléchir, faire du travail s’il le veut. Il n’est pas puni, pas menacé de quoi que ce soit. Sa sortie dépend de lui et de l’enseignant. Comme personne ne veut s’embarquer dans un jeu d’aller-retour à ce local, la réflexion doit permettre au jeune de se reconnecter avec le prof. Après avoir jasé du problème et de ses incidences, il doit sentir qu’il peut compter sur le prof qui n’utilisera pas le contrôle, qui veut vraiment que son élève réussisse et que lui-même doit mettre des efforts pour y arriver.
J’aime bien la déclaration affichée dans certaines école Qualité Glasser : «Ici, nous croyons que lorsqu’il y a un problème, nous devons y faire face et le régler» .
Le dernier chapitre s’adresse aux directions. «À moins que la direction ne joue son rôle de leader, il n’y aura aucune amélioration dans les écoles, Le mot leader est crucial. Un leader, est quelqu’un que vous suivez parce que vous voulez le suivre, parce que son leadership vous aide à faire votre travail plus efficacement et avec plus de plaisir.» C’est exactement à ce moment que la directrice de mon école m’a appelée. Il y a des hasards parfois!!! Je lui ai parlé de ce livre que je venais de terminer. Elle connaît. Quelle stimulation j’aurai à jaser avec elle!
Merci Diane pour ce beau résumé de lecture accompagné de certaines réflexions... Il m'a inspiré une réponse à un commentaire sur ce billet : http://www.jasonsreforme.qc.ca/archives/001689.html ...
Very interesting my dear !
Mrs Nicole !
Je viens de terminer la lecture de L'école qualité et je suis enchantée de ma lecture. Je trouve qu'il y a dans ce livre de William Glasser des idées et des commentaires des plus pertinents et avec lesquels je suis en parfait accord. J'ai le goût de devenir un dirigeant leader et je désire que le plaisir et la qualité soient au coeur de la classe et qu'il y ait une communication plus efficace. J'ai trouvé extrêmement pertinent le chapitre sur la discipline et la motivation. J'ai été emballée par tout ce que j'ai lu! J'encourage d'autres personnes à le lire. C'est un livre à connaître absolument!