Je suis absolument scandalisée. Je suis à St-Hyacinthe au congrès de l'AQPF. On nous a appris que Mme Courchesne sera présente demain matin. Ce n'était pas prévu. En lisant mes courriels, des collègues relatent les propos de Mme tenus aux Francs-Tireurs. Oh... N'importe quoi. On y mêle tellement de choses!
Voici ce qui me donne la frousse ou me scandalise:
- Elle se dit une femme de changement mais elle ne passe pas à travers...
- Pourquoi blâmez ceux du départ alors que les fondements de la réforme avaient été longuement analysés.
- Elle revient sur ce fameux bulletin chiffré qui en met plein la vue alors que c'est du politique déguisé. Voyons donc. On évalue toujours les compétences mais la cote est traduite en chiffre. You hou? On dort ou quoi? Elle est où la différence? Quelle nouveauté y a-t-il là-dedans? Je m'abstiens de parler de la moyenne car là, je suis bloquée... Je cherche encore le sens...
- Mme s'exclame: «Qu'est-ce qu'on est en train de faire? Ça ne peut pas continuer comme ça. Et l'animateur qui ne cesse de crier haut et fort que nous produisons des épais, qu'il faut tuer la réforme! Et elle, de répondre tout mielleusement qu'elle ne le dirait pas comme celà aujourd'hui mais qu'elle désire un changement majeur. Qu'on s'est perdu dans les approches pédagogiques. Ouille!
- Où êtes-vous Mme Courchesne? Comment pouvez-vous avancer une telle folie? Votre formation en sociologie ou votre maitrise en urbanisme vous permet-il de vous avancer autant? Vous avez 6 mois d'expérience dans un bureau si je comprends bien. Vous n'avez qu'un seul leitmotiv et c'est l'enfant. Ah oui? Mais nous les pédagogues, qui étudions, qui nous perfectionnons, qui consultons les plus récentes recherches sur le cerveau pour savoir comment l'enfant apprend, qui voulons nous adapter à l'enfant d'aujourd'hui qui baigne dans un monde où l'éducation déborde le cadre scolaire grâce aux médias et aux technologies, qui voulons motiver les enfants en utilisant des approches plus adaptées à leurs besoins en considérant profondément - oui, quel mal y a-t-il là-dedans? - l'estime de soi, que sommes-nous dans votre discours? Des amuseurs publics, des gardiennes qui faisons de l'occupationnel ? Je suis sur le dos. Venez donc vous promener dans nos classes plus longtemps que pour un petit reportage de début d'année qui vous fait bien paraitre devant vos électeurs satisfaits de votre annonce du retour masqué au bulletin chiffré. Venez voir toute cette énergie déployée pour permettre à nos génies d'aller sur la Lune et à nos Mozart de s'exprimer. Quel mal y a-t-il à permettre aux élèves qui n'ont pas le profil de l'élève traditionnel qui apprend par ses oreilles ou par les exercices à être mieux à l'école? Combien en reste-t-il de ces élèves traditonnels sur nos bancs? Sauriez-vous les compter? Que pensez-vous des méthodes traditionnelles face aux kinesthésiques, aux relationnels, aux artistes? J'aimerais bien vous entendre là-dessus.
Dans un autre ordre d'idées, j'imagine que vous préférez qu'un médecin vous prescrive un bon vieux traitement d'il y a 30 ans parce que «ça marchait tellement bien» avant... Je me positionne ailleurs. J'apprécie que mon médecin lise, se perfectionne sans cesse pour m'offrir les meilleurs traitements, adaptés aux plus récentes recherches.
- Ça ne fait que 6 mois que vous êtes en poste. Vous voulez nous faire comprendre pourquoi vous abolirez la réforme avant de le faire? Il vous faudra de très gros arguments avec moi. Je n'ai pas «jeté le bébé avec l'eau du bain» avec la réforme. J'ai continué à penser que les connaissances sont importantes. Mais je suis passée du paradigme de l'enseignement à celui de l'apprentissage. C'est l'élève qui est au coeur de mes préoccupations. C'est le contexte d'apprentissage signifiant que je prépare, le transfert des connaissances qui me dirige. Je «mets la table» avec des situations complexes qui exigeront de faire appel aux connaissances, qui susciteront le besoin de savoir contextualisé. Apprendre des connaissances dans le vide, non merci! C'était tellement plate l'école avant. Pourquoi faudrait-il y revenir?
Le malheur, c'est que vous réussirez sans doute à réconforter ceux qui n'ont pas compris le bien-fondé de cette réforme comme cet animateur qui vous questionne et qui n'a pas eu l'idée de questionner un peu plus le côté positif du changement. Mais comment amener des idées à une ministre qui veut gagner des électeurs à tout prix. Et comment faire une bonne émission avec des bons coups à énoncer...
- Même pour un seul enfant, vous est prête à vous battre. Pauvre vous! Vous n'avez pas compris... Vous vous démènerez pour ceux et celles qui de toute façon n'avaient pas de problème avec l'école.
Où irons-nous sous votre gouverne?
Un détail:
Et en passant, je viens d'assister à un atelier sur la nouvelle orthographe. Je comprends tellement mieux. Il y a bien des éléments qui ont du bon sens. Mme Chantal Contant est une mine d'or d'explications sur les changements. C'est vraiment intéressant. Encore faut-il s'intéresser aux raisons et savoir que notre langue n'en est pas à ses premières rectifications. En passant, les nouveaux dictionnaires et les guides de conjugaison incluent de plus en plus les changements. Le Multi traîne un peu mais ça viendra bientôt. Comment ne pas les considérer? Et pourquoi diable l'animateur mêle-t-il réforme et nouvelle orthographe?
Rester l'esprit ouvert: n'est-ce pas un signe d'intelligence?
