Cybercarnet d'une appassionata de la langue de Molière
Na ! Pour tous, dit le roux verdict. L'Institut de Médecine Sociale et Préventive de Genève a mis en ligne un site anti-tabac pour les adolescents, qui nous donne envie de prolonger l'épisode de notre « âge ingrat ». On y retrouve un glossaire à la fois pratique, complet et ludique (faut voir les caricatures associées à certaines définitions). La section FAQ est truffée de renseignements sur les méthodes de sevrage du vilain tabac et leurs bienfaits, effets secondaires, avantages l'une sur l'autre, etc. Un site qui se méritera une place parmi les signets des langagiers, des fumeurs, des ex-fumeurs et des sains curieux, ou tout simplement de ceux qui sont à l'affût d'une touche d'humour pour égayer un gris lundi. Un bouquet de liens hypertextes complémentaires ouvre la porte sur une documentation ciblée. Seul bémol, la présence (notamment) de « flyers », « websites » et « helpline » en têtes de rubrique. On ne me fera jamais croire que prospectus (ou dépliant), site Web et ligne secours n'auraient pas été compris, même de l'adolescent le plus béotien ! *soupir*. Nuit grave.
"Ligne secours", vraiment... :-D
Je suis loin d'être un habitué de la francisation systématique, employant avec fréquence de nombreux anglicismes, particulièrement dans le domaine informatique. Je suis bien certain que ce roux site web regorge de ressources, de liens et de discussions à ce sujet -- et peut-être pourrait-on m'en pointer quelques-uns? Cependant, autant je soutiens l'emploi de "site web" sur "website" (et nous pourrions discuter longuement sur la nécessité de la majuscule, qui fit couler tant d'encre à propos du mot "internet"), autant "ligne secours" pour "helpline" me paraît une traduction outrageusement littérale, presque une translitération. Que cela figure dans un officiel dictionnaire ou un quelconque lexique "faisant référence" m'importe peu: je souhaite que la langue m'informe, pas qu'elle se conforme.
Je suis personnellement en faveur de l'ajout de mots nouveaux à la langue, qu'ils soient empruntés directement à une langue étrangère ou non. Prenons ne serait-ce que "flyer" cité ici en exemple (exemple ô combien parlant puisque le site dont il est question s'adresse à des adolescents). Dans le langage courant, un flyer est bien un prospectus par essence, néanmoins un prospectus n'est pas forcément un flyer. Je serais bien curieux d'entendre de mes oreilles un adolescent appeler "flyers" les papelards quelquefois cartonnés qui jonchent périodiquement les fonds de boîtes aux lettres, vantant les mérites de plombiers, restos livrant à domicile ou non, clubs pour célibataires, supermarchés, etc.
Le flyer est une sous-catégorie de prospectus, au même titre que le tract. A l'origine destiné à informer sur des fêtes, ou boums (pour ne pas employer l'anglicisme vieilli "surprises-parties"), il est apparu grâce à la plus grande accessibilité des moyens de fabrication de documents imprimés qu'ouvrait la voie de la P.A.O. (Publication Assistée par Ordinateur). Il se caractérise aussi par un souci de qualité graphique et s'adresse généralement à un public très ciblé, souvent adolescent. Aucun mot de la langue française, et surtout pas "prospectus", ne rend compte de cette spécificité.
Par extension, un prospectus fait pour des jeunes devra, s'il veut toucher son but, s'apparenter esthétiquement au flyer. L'usage du terme est d'ailleurs recommandé pour, simplement, inciter à sa lecture. Par quelque bout qu'on le prenne, le mot "prospectus" va probablement figurer dans les dictionnaires d'un futur proche avec la mention "vieilli" ou "soutenu". Quant à "ligne secours", si jamais j'ai l'heur de l'employer dans une conversation, ce sera probablement pour faire rire mes amis (s'il m'en reste à ce moment-là): « La ligne chaude ("hotline") de Librenavigation.fr ("Freesurf.fr" -- pendant qu'on y est*) ne répond jamais. Je devrais peut-être essayer la ligne d'aide (me semble plus approprié pour "helpline") de leur... helpdesk (dont je n'ai pas trouvé de "traduction") ». Tout ça me rappelle les pauvres tentatives de traduction en version française des néologismes du film Orange Mécanique.
Finalement, juste par curiosité puisque je suis tombé dessus au hasard de mes recherches sur "flyer", je serais curieux de savoir de quelle racine provient le terme familier québécois "flyé". Selon mon dictionnaire: Excentrique, original, audacieux. "Elle porte toujours des tenues flyées." "Un projet flyé." "C'est complètement flyé." Et, par ailleurs, s'il est employé, voire reconnu.
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* Je sais, je suis un petit peu de mauvaise foi...
COMPLEMENT POUR SOURIRE
Et c'est encore, comme souvent avec la Rousse Fôte Du Jour, une perle étonnante. A la fin d'une aérienne diatribe sur la défense de la langue française, un anglicisme, rien de moins: "One ne me fera jamais croire ..." -- "One" étant l'équivalent anglais de "On".
slt je ss fan de lorie