Cybercarnet d'une appassionata de la langue de Molière
Vous lisez, à gauche de votre écran, en haut*, ce qu'il convient d'appeler le préambule à ce carnet. Vous lisez "grande rousse", bon bof...reste à voir, "le petit Robert", que vous connaissez (sûrement) déjà, et puis Colpron, Duneton...là...pour certains, ça devient plus corsé. Eh bien permettez-moi, aujourd'hui, pour l'amour des enfants qui sont nôtres et du français qui l'est tout autant, de vous présenter une facette de Duneton :
« (...) je me demande sincèrement où l’écolier d’aujourd’hui, pourrait bien avoir attrapé la langue qu’on lui reproche si fort de ne pas avoir ? Il est muni d’une forme de lecture distanciée – bientôt carrément « rapide » par les soins des disciples de Foucambert – qui glisse sur le texte pour y cueillir l’information mais ne l’accroche pas : il pourra se taper des bibliothèques entières sans rien acquérir du tout... Quant à la langue, je veux dire : bien sûr il saura le contenu des bibliothèques, mais toujours incapable, lui, d’écrire trois lignes. Il n’a plus l’aliment des textes récités par cœur, ou très rarement, ni le serinage langagier de la dictée redoutée... Il est donc privé d’à peu près tous les moyens d’intégration possible des rythmes et des structures du français « classique » – où diable il pourrait les dégoter ? Où est-ce qu’il pourrait rencontrer cette langue ? Et c’est encore lui, l’infortuné (pour dire les choses joliment), qui se fait agonir ! On l’abreuve de reproches, l’indigne ! On le traite de bon à rien, de paresseux... Mais à voir ça de près on devrait le consoler, lui présenter nos excuses. C’est pas une boutade – les gosses prennent leur langue à la télé, maintenant. Ils jouent énormément avec les slogans publicitaires, par exemple – sans les prendre au sérieux, au contraire avec toute la finesse et la distance voulues. Et même lorsqu’ils font acheter des choses à leurs parents, c’est plutôt parce que ça crée une connivence entre eux, un lien. La pub leur sert de comptine. »
Pour en tâter, en consommer davantage : À hurler le soir, au fond des collèges. Sauver les lettres.
* Si l'on remonte aux origines du roux carnet, il fut un temps où, à l'accueil, on pouvait lire un « salut-clin-d'oeil » à certains maîtres de la langue que je chéris particulièrement (dont Colpron et Duneton). Ce roux billet d'origine (RBO) y faisait allusion. Depuis, ce trait est disparu, mais j'ai pris la liberté de laisser la lancée telle quelle, peut-être trop paresseuse, ce matin, pour en reforger une nouvelle.
Paresse ou sagesse, sait-on ? Merci pour la perle ! Je m'en inspirerai pour mes animations pédagogiques des prochains jours...