Les coups de langue de la Grande Rousse

Cybercarnet d'une appassionata de la langue de Molière

Pratico-pratique

16 juin 2003

Palme rousse à Pascal B.

Le site de la gestion de projet en français. Et c'est en français, je vous prie de me croire ! Mais je ne saurais vous priver du plaisir d'aller vérifier de vos propres yeux. Sur gestiondeprojet.com, point de « newsletter », de « news » de « management » ou de « manager ». Des outils, des forums, des sondages, des logiciels (du gratuit au plus « soyez-bien-nantis », des guides, bref, la panoplie complète des incontournables en matière de .... ??? ... gestion de projet !!! (vous aviez deviné ? vous gagnez un roux cyberbisou). Pascal B., je vous salue. Bien bas.

NDLGR : Lors d'un récent (?) sondage, les aficionados du site ont choisi la rubrique « Dictionnaire de la gestion de projet » comme étant bonne dernière dans les priorités de développement du site. D'une certaine façon, je comprends. D'une autre, cela me chagrine. Je me meurs de voir ce dictionnaire signé P.B.

La discussion

1

Merci pour le compliment. Ces petits détails de vocabulaire ne sont bien évidemment pas là par hasard. Cela fait plaisir de trouver quelqu'un qui les remarque et les apprécie. Nous allons essayer de persister et signer dans cette voie.

Nos excuses par anticipation si notre vigilance devait être prise en défaut. Nous comptons sur la grande rousse pour venir faire une inspection régulière !

Écrit par Pascal B. le 12 août 2003
2

"le vocabulaire abscon " : c'est absconS

"management" : Inutile d'aller chercher bien loin pour trouver "ménagement"...
"cet emprunt intégral à l'anglais" : je me gausse :D

"management" : terme anglo-normand venant bien du verbe "manager" dont il subsiste actuellement en pur françois "ménager" et ses dérivés aménager, déménager, emménager, etc

Ce terme a bien le sens "d'agencer, ranger"... (a) Comme le montre le sens n° 7 du Littré pour "ménage" :

7° Fig. Sage manière de conduire, de faire les choses.

(b) idem pour ménager :
5° Fig. Employer avec habileté et mesure.
Ménager un terrain, une étoffe, les employer si bien, qu'on en fasse tout ce qu'on en veut faire, et qu'il n'y ait rien de perdu.
Ménager le temps, ménager son temps, ménager les moments, ne pas les perdre, en faire bon emploi.

Par le travail on charmait l'ennui, on ménageait le temps.... BOSSUET Anne de Gonz. Elle [la reine] ménageait si bien son temps que, sans retarder les desseins du roi, elle avait toute la complaisance qu'une femme doit à son époux, et toute la fidélité qu'une chrétienne doit à Dieu, FLÉCH. Mar.-Thér. Ménageons les moments que ce transport nous laisse, RACINE, Andr. V, 5. Si vous aimez la vie, ménagez le temps ; car c'est l'étoffe dont elle est faite, Mot de Franklin.
Ménager l'occasion, les occasions, préparer le moment, la circonstance favorable pour faire quelque chose.


7° Arranger graduellement.

8° Disposer.
Ce poëte a bien ménagé les incidents de son épopée, de sa tragédie, de sa comédie. Ce peintre a bien ménagé l'ombre et la lumière dans son tableau.
Ménager un escalier dans un bâtiment, un cabinet dans un appartement, etc. faire en sorte qu'il s'y trouve de la place pour un cabinet, un escalier, etc. sans gâter le dessin principal. Dans le plancher du portique est ménagée une trappe par laquelle les castors descendent au bain, CHATEAUB. Amér. Hist. nat. castors.
On dit dans le même sens : ménager un jour dans une maison, une issue dans une clôture.

(c) Enfin, le terme FRANCAIS correct et actuel pour "management" serait "ménagement" :
MÉNAGEMENT (mé-na-je-man), s. m.


1° Art de conduire, de diriger, de manier. Le ménagement des esprits, des affaires. Ils y admiraient les ménagements ineffables de sa Providence, MASS. Mystères, Soumission.

2° Par extension du sens moral au sens physique, action de bien régler, bien disposer. Plusieurs petites ouvertures [dans un four à incubation artificielle] servant de registre pour le ménagement de la chaleur, BUFF. Ois. t. III, p. 132.

3° Mesure qu'on doit avoir dans les actions, dans les discours, à l'égard des personnes ou des choses. Je me sens des ménagements pour la Provence qui me font croire que j'y retournerai quelque jour, SÉV. 27 nov. 1689. J'ai reçu une lettre du marquis de Charost toute pleine d'amitié et de ménagement, ID. 29 juillet 1674. Il [le pape Honorius I] entra avec eux [les monothélites] dans un dangereux ménagement, BOSSUET, Hist. I, 11. On a des ménagements avec ses ennemis mêmes, FONT. les Mondes, 2e soir. User de ces timides ménagements avec le monde, c'est n'être pas encore chrétien, MASS. Carême, Resp. hum. Tâchez de parler de votre maître avec un peu plus de ménagement que vous ne faites, MARIVAUX, Jeux de l'amour et du hasard, II, 10. Vous n'êtes point surpris sans doute de la conduite de Desfontaines.... tous vos ménagements n'ont jamais servi qu'à nourrir ses poisons et son insolence, VOLT. Lett. Thiriot, 28 fév. 1739. Les plaisirs les plus lascifs y sont peints sans ménagement [dans un épisode de la Lusiade] ; chaque Portugais embrasse une néréide, ID. Ess. poés. ép. ch. 6. Les égards supposent, dans ceux pour qui on les a, des qualités réelles ; les ménagements, de la puissance ou de la faiblesse ; les attentions, des liens qui les attachent à nous ; la circonspection, des motifs particuliers ou généraux de s'en défier, D'ALEMB. Synon. Oeuv. t. III, p. 316, dans POUGENS. M. Rousseau demande jusqu'où peuvent aller les ménagements d'un homme vrai ? je lui réponds : exclusivement jusqu'à l'équivoque, MARMONTEL, Apolog. théât. Oeuv. t. XVI, p. 423, dans POUGENS. Il n'importe, mon cher ; avec Mme Évrard J'ai des ménagements à garder.... COLLIN D'HARLEVILLE, Vieux célib. IV, 12. Il y a des ménagements que l'esprit même et l'usage du monde n'apprennent pas, STAEL, Corinne, III, 1.

HISTORIQUE :

XVIe s. Anciennement, quand un gentilhomme, avec le bon mesnagement de sa femme, laissoit à la fin de son aage sa maison bien meublée à ses enfans, c'estoit beaucoup fait, LANOUE, 167.

ÉTYMOLOGIE :

Ménager.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE :

MÉNAGEMENT. Ajoutez : - REM. On dit avoir des ménagements pour quelqu'un : il a de grands ménagements pour elle. Cette façon de parler est de la cour ; mais elle n'est pas fort établie, et les plus savants dans la langue ne la peuvent ouïr qu'avec peine, BOUHOURS, Entretiens d'Ariste et d'Eugène, 1671, p. 119. La locution a triomphé de Bouhours.

Écrit par VGR le 6 mai 2004

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