Cybercarnet d'une appassionata de la langue de Molière
Parfois d'une indomptable rigidité, empreinte d'une rigueur qui en rendra plusieurs rébarbatifs, la langue française vibre aussi par un riche paysage de demi-teintes, une ondoyante et vaste prairie de souplesse, un océan de nuances.
Propulsée par les propriétés d'une véloce cadence, la langue fait du concept pur un propos cohérent et accessible. Mais pour qu'elle s'épanouisse ainsi, au mieux de sa force et de ses essences, encore faut-il s'y intéresser, la connaître, l'aimer, la chérir, et par-dessus tout, la respecter. Crinière en bataille et naseaux frémissants, le verbe français, bien monté, peut vous ouvrir les portes du pays Expression les mieux verrouillées, mais gare à celui qui relâche sa sangle, car le sauvage étalon risque de se cambrer. Seulement entrouverte, la porte de l'expression condamne le propos à devenir galvaudé, le soumet à l'interprétation aléatoire des esprits aiguisés. Votre verbe molasse se fera enliser.
L'étalon puissant peut être amadoué, mais si vous le traitez mal, il n'aura de but que celui de vous désarçonner. Consacrez-lui le temps qu'il mérite et apprenez à le connaître, il épousera vos lancées et propulsera vos pensées, ainsi habillées du mot juste, ce cavalier du juste propos.
La langue française est un étalon fougueux que l'on ne peut chercher à maîtriser qu'au risque de l'éteindre et de l'affadir. Elle est une bête que l'on apprivoise, jour après jour, afin d'épouser les courbes de son évolution et de sa croissance, et de répondre à l'expression des réalités anciennes et nouvelles qu'elle représente, avec toute la subtilité, les nuances et la force dont se montrent dignes les concepts forgés de tête d'homme, qu'ils s'ouvrent ou non sur la frontière limitrophe du concret.
Humain et langue forment symbiose, parasites consentants, ils se nourrissent l'un de l'autre, tels la monture et son cavalier, seuls le respect, l'amour et la dignité consacrent l'étrange couple et unissent les affinités.
Samedi pluvieux et réflexions d'une grande rousse enamourée du verbe français.
Rien à voir, mais mon lapin pensait que RBO voulait dire "Rock et Belles Oreilles"... ;-)
Bien que la définition n'ait rien à voir, en effet, le clin d'oeil est bel et bien volontaire. Pas du tout dans le champ le lapinou ;)
Ma petite nièce, du genre vipère salace, vient de me poser une colle:
D'ou vient l'expression "de but en blanc"?
Aidez moi, je ne voudrais pas passer pour un quinqua obsolète devant la génération montante.
Merci à tous.
Alain du sud-ouest de la France
Cette expression est issue du vocabulaire de l'artillerie.
Le mot de but ou butte désignait à l'origine le monticule sur lequel on plaçait le canon pour tirer *. Le blanc était la cible à atteindre.
Rappelons que selon la distance et la puissance de l'arme, la trajectoire du tir peut être plus ou moins tendue. Tirer de but(te) en blanc signifiait tirer en ligne droite, selon la trajectoire la plus directe.
Annoncer quelque chose de but en blanc, c'est, à partir du sens figuré, annoncer quelque chose sans détour, de manière directe.
* : Ce n'est que plus tard (XVIième s.) que ce qui désignait le point d'origine du tir est devenu l'objectif visé lui-même, dans un sens plus général (donnant notamment être un butte aux attaques).