Cybercarnet d'une appassionata de la langue de Molière
Énoncer que j'ai du retard à rattraper quant à mes lectures carnetières est une vérité de La Palice. J'arpente donc, aussi efficacement que possible, les sites et carnets langagiers afin de remédier à mes lacunes (temporaires, je vous l'affirme) en cette matière. Mon itinéraire comportait, bien sûr, une visite exploratoire du carnet Les amoureux du français, repaire signé Paul Roux, conseiller linguistique à la Presse.
Et je suis tombée là-dessus. Je sais, c'est un tantinet long. Mais veuillez prendre la peine d'au moins parcourir le texte avant de poursuivre la lecture du présent billet.
Si je comprends bien l'esprit de l'intervention de Marc-André Lacasse, étudiant et distingué membre du lectorat de La Presse, il demande que l'on favorise, privilégie, voire avantage, l'emploi d'un mot français plutôt que d'un emprunt à l'anglais, attesté en français ou non. Je salue ici monsieur Lacasse et ne saurais être plus d'accord avec les motivations qui l'animent. Monsieur Roux lui répond alors. Il défend bien son employeur sans en être aveuglé et ce geste l'honore. Il a ses opinions et si nul n'est contraint de s'y rallier, on doit la reconnaître, en prendre note et lui faire montre d'un certain respect, comme toute opinion le mérite. Je me permettrai cependant de faire quelques petites mises au point. Bien évidemment, je ne me suis pas contentée de jeter un coup d'oeil furtif à un ou deux dictionnaires usuels de France.
Monsieur Roux écrit :
Week-end, par exemple, est attesté en français depuis 1906, ce qui fait bien un siècle.
Il faudrait ajouter qu'au Québec (je prends la peine de le mentionner, ô Européens ne me fustigez pas) l'OQLF ne reconnaît pas week-end comme synonyme de fin de semaine, à prescrire ici.
Si je voulais faire la pointilleuse (et c'est ce que je m'apprête à faire ;), j'ajouterais que si la toute première attestation se montre le bout du nez en 1906, l'usage n'en est devenu courant que vers les années 1920. Au même moment, au Québec, l'usage donnait priorité à fin de semaine et boudait, de bon droit, le mot week-end.
Monsieur Lacasse, pour sa part, sera sans doute heureux d'apprendre qu'une rapide recherche sur le site de Cyberpresse dégote 2200 occurrences de fin de semaine contre 160 de weekend et 1270 de week-end, l'un recoupant l'autre. De ce résultat, 96 occurrences sont issues de l'Agence France-Presse en copier-coller. On peut donc énoncer que week-end, avec ou sans trait d'union, cumule moins de 1200 occurrences. Les dates respectives des occurrences s'équivalent et ne permettent pas d'en déduire que l'un ou l'autre des emplois est en gain ou en perte de vitesse dans les pages des vénérés quotidiens de GESCA sur cyberpresse.
Si je veux être tout à fait honnête, je dois dire que j'ai proscrit le mot week-end de mon vocabulaire il n'y a qu'une poignée d'années, après une belle discussion avec un linguiste et une recherche étymologique concluante. Mon point de vue en est d'autant mieux senti et éclairé.
Monsieur Roux ajoute :
Match est plus ancien encore. Ce terme est apparu en français en 1819 et on l'emploie fréquemment depuis 1850-60 pour qualifier une «compétition entre deux concurrents ou deux équipes». Un siècle et demi, ça devrait être suffisant pour mériter la nationalité française, non! À mon avis, on ne devrait pas hésiter à l'employer, car il est plus juste que joute, dont le sens est plus limité. Quant à partie, il décrit «les règles et les conditions d'un match». (NDLGR : le caractère gras a été ajouté par bibi)
Tssssssssssssss... Monsieur Roux, monsieur Roux, monsieur Roux! Tout d'abord, votre non aurait dû être suivi d'un point d'interrogation et non d'un point d'exclamation. Je l'aurais passé sous silence, mais votre phrase drague le narquois. Un petit ton inutile envers le lecteur. En guise de commentaire, je donne quelques définitions du mot partie en contexte.
TLFI (consultation du TLFI : cliquez sur la troisième flèche rouge, première ligne) :
Compétition entre deux ou plusieurs joueurs ou entre deux équipes, mesurée par un nombre total de coups à jouer, de points à obtenir pour gagner à un jeu; p.méton., durée d'un jeu à l'issue duquel l'un des joueurs ou l'une des équipes est gagnant(e) ou perdant(e)
GDT (je n'ai toujours pas résolu le problème de l'hyperlien direct *soupir*)
Compétition, le plus souvent de nature sportive, qui se déroule selon des règles précises, habituellement entre deux concurrents ou deux équipes, et qui est mesurée par un nombre de coups à jouer, de points à obtenir pour l'emporter.
L'emprunt à l'anglais match est attesté dans les sports depuis le XIXe siècle et est un terme fréquemment employé dans ce domaine. Cependant, il existe plusieurs termes français que l'on utilisera de préférence à celui-ci : partie, rencontre, joute, combat, épreuve, confrontation, etc., selon le cas. La plupart du temps, afin d'éviter l'emploi de match, on pourra parler d'une partie ou, s'il s'agit d'une partie à caractère officiel, d'une rencontre.
Antidote RX
Durée d’un jeu à l’issue de laquelle il est possible de désigner les gagnants et les perdants. Une partie de cartes, de poker, d’échecs, de dames. Partie de football, de hockey, de tennis. Une partie nulle.
Et j'aurais pu en citer bien d'autre...Même Le Colpron, réputé pour sa rigueur,reconnaît partie et match sur un pied d'égalité! Quelles sont vos sources, monsieur Roux? Je tiens bien sûr pour acquis que vous en aurez au moins deux, sinon trois en présence d'ambivalences, à l'appui de vos dires.
Et de renchérir monsieur Roux :
Score est un autre mot d'origine anglaise aujourd'hui bien intégré au français, où il désigne le «dé¬compte des points au cours d'un match, d’une partie».
En effet, le mot score a perdu son étiquette d'anglicisme dans la quasi-totalité des ouvrages de référence. Si nul ne s'étonne d'entendre un commentateur sportif hurler LA MARQUE EST À 5 POUR LES CANADIENS, le mot est vicieux. Son emploi demeure impropre dans bien des cas puisqu'on a tendance à en biaiser le sens, notamment à remplacer le mot but par score. Qui plus est, il génère l'utilisation du verbe qui lui, est toujours proscrit, vous en conviendrez. Je n'irais pas jusqu'à recommander de renoncer à l'emploi d'un mot parce que le risque d'une utilisation erronée est élevé. Ce serait une ineptie, j'en conviens. Cela dit, avouons qu'il existe des secteurs professionnels où la mise à l'abri des risques et des tentations est plus souhaitable. N'oublions pas que si entre deux maux, on choisit le moindre, entre deux mots, on choisit le meilleur!
Et monsieur Roux de m'enchanter :
Cela dit, oui, incontestablement, je le répète, il y a trop de mots anglais dans La Presse. Je n’aime pas plus que vous retrouver des termes comme columnist, city columnist, blockbuster, building, business ou joint-venture dans mon propre journal.
Il y a aussi, dans La Presse, comme dans presque toutes les publications du Québec, trop de calques de l’anglais et trop de faux amis, qui dénaturent souvent le génie du français bien plus que les emprunts.
Ah tout de même! Voici du baume pour les égratignures infligées!
Et monsieur Roux de conclure :
Mais nous sommes conscients du problème et nous nous y attaquons. L’équipe de révision fait disparaître chaque jour bien des mauvais emplois. Nous avons aussi installé, récemment, un nouveau logiciel de correction, qui dépistera de nombreux anglicismes et plusieurs impropriétés.
Excellent! J'espère que votre logiciel tient compte de la réalité d'ici, car la majeure partie de votre lectorat y vit. Puissent les utilisateurs du logiciel comprendre qu'il s'agit là d'un outil et non d'une béquille. Encore faut-il avoir le réflexe de consulter un dictionnaire avant de se vautrer dans les algorithmes d'un correcteur. Mais dites donc... le vôtre n'en contiendrait-il pas 10, par hasard?