9 juin 2004
Extrait d'un gentil courriel venu de New York, signé Michael, prof de français : « un de mes élèves m'a demandé aujourd'hui pourquoi on a œ dans certains mots en français comme cœur ». Il s'agit là d'un digramme soudé, aussi appelé ligature en typographie, certains préféreront utiliser le mot digraphe (synonyme de digramme rarement utilisé). Si le typographe peut dans certains cas évoquer l'esthétisme, le langagier s'en tiendra davantage à l'obligation de souder certains digrammes. La soudure ainsi formée appuiera sur l'importance d'un son unique (cœur), contrairement à la présence de deux sons distincts (coexister) lorsque les voyelles sont voisines, qu'il s'agisse de l'ae de certains emprunts latins (ex æquo), ou du plus courant œ. Les druides ont concocté un savant point de langue à ce sujet en avril 2003. Si vous êtes intéressé par une perspective plus internationale, consultez le document de recherche de Yannis Haralambous : Tour du monde des ligatures (format PDF). Vous pourrez y constater que les ligatures ne sont pas exclusives au français....
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26 novembre 2003
Oh la belle ! Courriel reçu de Jean-Baptiste, ce matin. L'homme, bavarois de son état (et vive la Bavière !), s'exprime en ces termes : « Je suis forcé d'accepter », mais « il m'a forcé à venir ». Quelle est la « règle » ? Pour moi, c'est « facile » et assez intuitif en fait. Mais comment l'expliquer à des collègues étrangers ? Où trouver une ressource à ce sujet sur le Web, car le problème revient régulièrement... Cher Jean-Baptiste, vous soulignez un problème bien réel, qui incarne tant la beauté et la souplesse de notre langue que les « cailloux-difficultés » semés sur le parcours de son apprentissage. Dans un premier temps, pour aider vos collègues étrangers à s'y retrouver, je vous recommande un petit ouvrage dépanneur qu'ils apprendront à chérir. Vendu à moins de 5 euros, Est-ce à ou de ?, signé E. Lasserre, viendra au secours de bien des hésitations (un petit manuel d'exercice a aussi été rédigé). Pour sa pertinence dans le contexte de votre question, j'en reproduis ci-dessous, dans sa quasi-intégralité, l'avant-propos signé par l'auteur. Il existe, dans toutes les langues, des choses traditionnelles que l'on ne peut pas expliquer et qui ne s'apprennent que par l'usage. C'est le cas, en français, de l'emploi des prépositions, dans lequel - reconnaissons-le - il y a souvent beaucoup d'arbitraire. Pourquoi dit-on : « chercher à comprendre » et « essayer de comprendre » ? Pourquoi dit-on : « décider de partir » et « se décider à partir » ? Les habitudes, sinon peut-être le génie de la langue, l'exigent ainsi ; mais il faut avouer que cette difficulté est une grosse pierre d'achoppement sur le chemin des étrangers qui veulent arriver à une certaine maîtrise de notre idiome. La justification de cet opuscule est uniquement dans sa valeur pratique. L'auteur doit confesser qu'il lui apparaît à lui-même comme un petit péché linguistique, une atteinte à la vitalité et à la souplesse du français, qui échappe par mille moyens à la rigidité des cadres et des règles. Il ne faut voir dans les listes ci-dessous qu'un aide-mémoire aisé à consulter et n'ayant pas d'autres prétentions que de faciliter un peu le travail des étrangers et de diminuer leurs chances d'erreur dans ce choix capricieux des prépositions. Et à ceux qui voudraient se mettre quelque chose de plus costaud sous l'oeil et dans la grise matière, je recommande roussement le texte de Ronald Lowe, du département de langues, linguistique et traduction de l'Université Laval, intitulé « L'analyse des prépositions « à » et « de » dans le cadre d'une syntaxe opérative. »...