Je viens de terminer mes interventions «officielles» à l’APTICA et je prends quelques minutes pour poster un texte qui pourrait prétendre résumer le contenu de ce que j’avais à dire ce matin. Au moins, le visiteur qui était présent pourra retrouver les liens que j’ai évoqués. Quand on sort de ce genre d’exercice qu’est une conférence, plusieurs pensées nous traversent l’esprit. Ai-je répondu aux attentes? Ai-je réussi à susciter de l’enthousiasme?
Je suis en train d’écouter les réponses, sur place, à Moncton. On retrouvera donc sous l’hyperlien suivant le texte dont je parlais.
Être si près de la mer pour un gars de Québec, ça stimule… J’ai choisi ce mot «avancées» parce qu’à la pêche, une avancée est la partie qui termine la ligne, près de l’hameçon. C’est probablement ce qui permet de faire de bonnes prises. Évidemment, la métaphore s’arrête rapidement parce que les gens à convaincre que les nouvelles technologies sont de puissants leviers pour faire apprendre ne sont pas des poissons. Remarquez qu’à regarder avec quelle ardeur on travaille pour implanter les TIC dans les écoles, c’est peut-être comme à la pêche à certaines occasions… C’est le gars qui tient la canne à pêche qui est «p’tête» le plus poisson…
C’est avec un réel plaisir que je me retrouve à l’APTICA aujourd’hui. Cette version texte de mon allocution ne sera sûrement pas l’exacte copie de ce que j’aurai dit, mais elle devrait contenir tous les liens que j’ai mentionnés. À commencer par cette anecdote où je mentionne l’origine de la remise en question de la politique du «ni… ni…» dont on a entendu parler par l’ex Premier ministre Raffarin qu’elle serait modifiée. Vous savez cette histoire où M. Sarkozy viendrait dire cet été aux Québecois que la politique du «ni indifférence ni ingérence» est remplacée par autre chose. Je soupçonne que c’est une jeune fille de l’école de Roberto qui a provoqué cette remise en question lorsqu’elle a entonné le “Ô Canada ” à Autrans un soir de janvier, en 2007…
Depuis Gutenberg, (milieu du 15e siècle), nous savons que c’est la première fois qu’un changement aussi prenant survient dans le type de support par lequel les gens diffusent de l’information et transmettent des connaissances. Quelques auteurs racontent comment à cette époque également, on s’était montré très craintif face à cette possibilité que des êtres humains sans être en présence physique l’un de l’autre puissent apprendre. Imaginez… il devient possible par un objet (le livre en l’occurrence) de pouvoir accéder à de l’information. Les conséquences à prévoir étaient pour être terrible. Les gens ne se parleraient plus, les liens entre les humains étaient pour devenir accessoires, etc. On sait depuis ce temps que le livre n’a pas entraîné une telle fatalité, pas plus qu’Internet aujourd’hui, ne va le faire…
Une des personnes qui explique le mieux cette nouvelle donne apportée par l’arrivée massive des nouvelles technologies est le philosophe Michel Serres. Il faut voir (et entendre) cette conférence qu’il donnait récemment en France, «Les nouvelles technologies nous ont condamnés à devenir intelligent!» Non, Internet n’est pas nécessairement cette zone de non-droit qu’il compare à la Forêt de Sherwood, mais il y a de beaux parallèles à faire avec l’importance de mesurer l’impact de tous ces changements sur la société et nos rapports avec les savoirs.
J’ai parlé dans ma conférence d’un billet que j’avais écrit à propos des écoles Visions; voici le lien. Parce que j’ai écrit ce que j’y ai écrit, une requête dans les moteurs de recherches conduit souvent sur ce billet et tant que les dirigeants de ces écoles ne reprendront pas en main «le positionnement Internet» des informations sur leur école, les gens risquent de s’informer en partie par ce que contient ce billet.
Les usages des jeunes sur La ToileLa «Google generation»
Soyons quand même clair: les jeunes se comportent trop souvent comme des sous-doués avec toute cette technologie, ne vous y trompez pas… Une étude britannique qui a porté sur le comportement des enfants nés à partir de 1993 nous en dit beaucoup sur ce sujet. L’objectif des chercheurs était de pouvoir aider les bibliothécaires à mieux comprendre comment les jeunes cherchent l’information dans un monde dominé par le numérique. En rafale, voici quelques données qui émanent de la recherche longitudinale «commandée», entre autres, par la Bibliothèque nationale du Royaume-Uni:
Un mot sur quelques pièges que les jeunes rencontrent
Il faut voir que les jeunes sont exposés très tôt aux technologies et surtout, sans beaucoup d’encadrement. «Ça se passe à la maison», j’écrivais plus haut… Il devient urgent qu’on sorte les ordinateurs des chambres à coucher pour que les jeunes naviguent en sachant qu’à tout instant un adulte peut passer par là. Il faut faire confiance aux jeunes… ils ont de bonnes valeurs, mais ils leur arrivent de paniquer en s’apercevant qu’ils n’ont pas fait ce qui aurait dû être fait et par peur de perdre l’accès (à l’ordi ou à Internet), ils vont parfois faire de mauvais choix par réflexe et s’isoler plutôt que de consulter un adulte. Il y a quand même de belles histoires dont certaines documentées… (voir plus d’info sur ce sujet, ici). Je prends par exemple celle-ci que je viens de lire sur le blogue d’un papa personne-ressource d’un Récit. Voici d’autres éléments qui entrent en jeu…
«Digital natives/digital immigrants» (Lire cet article pour plus d’infos)
C’est quand même incroyable la façon dont Steve Jobs a réussi à ce que ses gadgets deviennent essentiel à la quête d’identité! Je m’explique…
MOSEP (More self esteem with my ePortfolio)
En ouverture d’un document de cette formidable initiative:
«Chaque petit geste posé consciemment dans le but d’apprendre exige de se laisser attirer par le vertige du risque de s’infliger un coup à l’estime qu’on se porte. C’est pourquoi les enfants en bas âge, avant qu’ils ne se rendent compte de leur propre importance, apprennent si facilement.»
Les principales opportunités qu’offrent les TIC: production de contenu et socialisation… comment font-ils? (La source des prochains constats est ici)
Le citoyen numérique
«En fait, nous sommes à l’aube d’une nouvelle citoyenneté: la citoyenneté numérique. Il s’agit sans nul doute d’un tsunami comportemental chez les consommateurs, lequel a un effet considérable sur le modèle d’affaires des agences de publicité. Les anciens modèles d’affaires classiques, où il fallait tout payer, sont périmés. C’est out, trop cher, trop lent pour les consommateurs d’aujourd’hui. Avec le Web 2.0, l’empowerment des citoyens est presque total. Ils ont le pouvoir de créer eux-mêmes les contenus, de les publier, de les diffuser, de les échanger comme ils veulent, quand ils le veulent, à qui ils veulent, sans filtre. Ils peuvent le faire sans payer un sou. Difficile à admettre, mais le citoyen numérique est en train de devenir tout aussi puissant que les grands médias eux-mêmes.»(source: Yves Gougoux et Pascal Beucler, Révolution dans l’univers du marketing - «Le pouvoir du citoyen numérique»)
Les éducateurs au centre de la stratégie à mettre en oeuvre
Les TIC forment de précieux leviers pour faire apprendre, mais avant tout, ils sont des outils qui pourraient changer vos façons d’apprendre, à vous adultes, qui devez porter une grande attention à votre formation… d’adultes. Je plaide ici que votre meilleure stratégie pour faire apprendre est probablement, en commençant, celle qui vous permet d’apprendre VOUS. Pourquoi bloguer alors? Dans mon cas, c’est pour apprendre… il faut dire que cela a changé ma vie. Je suis parti de l’idée de vouloir m’administrer à moi-même cette médecine que je m’apprêtais à vouloir faire vivre à des jeunes. Je l’ai fait aussi pour améliorer mon français écrit. Presque six ans plus tard, je peux dire qu’en plus d’avoir affirmé mon identité numérique, je me connais mieux et j’ai appris à mieux connaître un paquet de collègues éducateurs que je n’aurais pas connu autrement, Roberto, Brigitte, Danis et plusieurs autres de la communauté de Clair dont cette jeune fille, Ashley, qui a écrit récemment un témoignage très prenant sur sa vie de jeune fille qui nous apprend qu’elle est en train de faire le deuil de sa mère… Je pense à Gary, à Bernard, à Nelson, à Jacques, à Luc Handfield, et plusieurs autres, sans parler des gens à venir!
Pourquoi faire bloguer?
Je considère qu’on peut identifier sept facteurs pouvant motiver l’utilisation de la pratique du cybercarnet en éducation…
Quelques pièges
La perte d’inhibition est l’un des pièges de l’Internet. Le problème des délais dont nous sommes souvent complices en donnant tout trop vite à nos enfants et à nos élèves en est un autre. Enfin, la fausse impression de se trouver en sécurité par l’anonymat. Internet est un lieu public; il faut se le rappeler. Je ne devrais pas faire sur la Toile ce que je ne pourrais faire en plein milieu d’un centre Bell rempli à pleine capacité. Nous avons des responsabilités d’éducateurs face au comportement des jeunes sur Internet!
Je ne crois pas à l’anonymat…
Sur le sujet de l’encadrement des usages des jeunes et de l’impact sur l’identité virtuelle et au niveau de la responsabilité civile (droit à l’image, droit d’auteur, respect de la vie privée, atteinte à la réputation et diffamation), voir ce billet. Vaut-il mieux laisser les jeunes s’exposer aux pièges de l’Internet seuls dans leur chambre à coucher ou vivre à l’école certains pièges de l’Internet et avoir une certaine prise sur le comportement des jeunes? Depuis Gutenberg, rarement avait-on vu naître un moyen de diffuser de la connaissance aussi percutant.
L’enseignant d’aujourd’hui doit considérer qu’il fait apprendre de plus en plus à des gens qui seront bien différents de lui dans leur rapport aux savoirs. Tout bon maître d’école sait que devant lui dans une classe ou en formation à distance avec une cohorte, les gens n’apprennent pas tous les mêmes choses en même temps…
J’ai rencontré beaucoup adultes inspirés dans mon parcours de formation professionnel. C’est souvent leur coaching qui m’a le plus touché.
Les temps changent… On apprend tout au long de sa vie, les jeunes le savent de plus en plus et nous le savons puisque nous l’expérimentons au jour le jour. Les étudiants abordent le temps de leur jeunesse avec la perspective d’en profiter pour apprendre sans pour autant se dire qu’à dix-huit ans ils sauront tout ce qu’ils devraient savoir. Il est heureux qu’ils soient de plus en plus convaincus qu’apprendre à apprendre est au moins aussi important et que les fruits de cette motivation à vouloir connaître ce qui va les nourrir pendant toute leur vie d’adulte. Il y aurait aujourd’hui plus de Chinois qui parlent anglais qu’aux U.S… Nous formons des jeunes à des emplois qui n’existent pas actuellement, d’où l’importance d’apprendre à apprendre!
J'ai bien aimé votre conférence ce matin. Un peu d'humour, de la réflexion et surtout un appel à l'ouverture. Ce qui est dommage c'est que la plupart de personnes présentes sont déjà , si vous permettez d'utiliser le terme, des immigrants reçus de l'ère digitale par le seul fait qu'elles étaient à l'APTICA. J'espère qu'elles deviendront des amplificateurs pour votre message dans leurs régions respectives.
Merci encore.
Les chanceux qui ont pu vous écouter. Baigner dans votre optimisme sur l'effet amplificateur des TIC en éducation. Je remarque aussi que les TIC sont intégrateur dans le sens que les élèves dit ''doués'', ou avec troubles ou problèmes d'apprentissage y trouve leur compte.
Merci pour votre partage.
J'espère que cet éloquent plaidoyer de l'opossum en chef pour l'intégration des technologies de l'information et des communications en éducation saura faire bouger les dinosaures décideurs...
Encore une fois Mario,ce fut un délice d'avoir la chance de pouvoir t'écouter lors de ta présentation, de tes discussions et de pouvoir parler avec toi. Ce que j'aime lorsque j'ai la possibilité de t'écouter est qu'après une rencontre, le tout ne se termine pas là pour moi. Ton message est toujours révélateur et me permet de mijoter tes propos pour les semines à venir. Tu as tellement à nous apprendre...même si je sais où tu veux nous amener, j'ai l'impression de découvrir et re-découvrir tant de nouvelles choses. Maintenant, pour mettre la cerise sur mon sundae du congrès, je me lance dans la lecture de Pourquoi bloguer. Merci encore et continue à être ce que tu es.