C’est la question que pose Jeff Mignon (consultant médias reconnu) dans l’entrevue qu’il a accordée à Michel Dumais en première partie d’une table ronde sur les défis et enjeux du journalisme et des médias à l’émission Citoyen Numérique sur CIBL. La question se pose dans le contexte de la crise qui sévit au niveau des médias en général et des journaux, en particulier.
J’y réfléchissais la semaine dernière; si l’avenir des «Newspaper» est compromis, celui des journalistes est ouvert, même s’il reste à redéfinir. Jeff Mignon a plusieurs bonnes idées sur ce qui arrive et sa conversation avec Michel Dumais est très instructive. Selon lui, plusieurs choses se conjuguent en même temps:Ça rejoint pas mal un billet que je lisais ce matin, «A newspaperman laments» écrit par le «Managing Editor» du Vancouver Sun. C’est par un gazouillis de Jay Rosen que je suis tombé sur ce passage:
«What is more interesting is the work being done in places like Revenue Two Point Zero or the many digital enterprises looking for innovative ways to support good journalism in the time ahead. We won’t get out of our challenges by identifying what we’re losing for those who don’t see it or don’t much care about it.»
Il me semble que Jeff Mignon apporte le débat au bon endroit quand il demande de quelles façons «sera financé dans le futur la profession de journaliste?» L’entrevue en totalité vaut le détour, pour qui s’intéresse aux enjeux du journalisme et des médias.
N.B. Complément d’informations chez Jeff Mignon ici, en français et là, en anglais…
Merci beaucoup Mario. Quelques précisions:
1- Je ne dis pas exactement que les 80 à 85% de revenus publicitaires qui financent les médias vont disparaître. Je dis qu'on ne peut pas assumer qu'ils seront là pour toujours. Les chiffres montrent que les médias perdent des parts de marché publicitaire chaque année. Par ex, aux US, les quotidiens américains sont passés de 16,5% de part de marché de pub en ligne en 2004 à 13,1% en 2008.
2- La guéguerre entre tous les services en général est à arrêter, en particulier la pub et la rédaction.
3- Accepter la conversation est l'une choses que les rédactions ont à faire. Mais pas la seule. Loin de là. Il est d'ailleurs symptomatique que les journalistes du panel aient le sentiment que c'est ce qu'ils ont toujours fait. Le décalage est tellement grand qu'ils ne s'en rendent plus compte.
Ton billet m'en inspiré un autre dans lequel je me suis permis de lancer deux idées de modèles alternatifs. Il faudra bien trouver une façon de soutenir le journalisme professionnel si le modèle d'affaires actuel ne fonctionne plus ou ne permet plus aux journalistes de consacrer le temps qu'il faut pour aller au-delà de l'anecdotique et de l'«éditorialisation» qui caractérisent de plus en plus les contenus des médias.
Très bon texte. Il a le mérite de faire la distinction entre crise du journalisme et crise du média utilisé par les journalistes. Tant qu'à moi, le journalisme n'a jamais été aussi bien qu'aujourd'hui, mais la bonne question est posée: comment fera-t-on vivre ces journalistes?