Cyberportfolio de Roberto Gauvin

directeur d'école au Centre d'@pprentissage du Haut-Madawaska situé à Clair au N.-B.

Je réfléchis

30 novembre 2004

La discipline revue et corrigée...

Depuis quelques semaines, la fatigue se pointe… trois semaines avant le congé de Noël et nous voilà en route vers 2005…déjà !!!

À l’occasion, je retrouve quelques amis de longue date pour rafraîchir mes idées et faire le plein. Je parle ici de mes autres amis…les livres. Je ne compte pas beaucoup de livres de chevets pour la direction d’école. Par contre, certains finissent plus souvent qu’à leur tour entre mes mains. Mon travail de direction m’amène à réfléchir sur le pourquoi et le comment de la chose. Pourquoi fait-on ce qu’on fait ? Et comment peut-on s’améliorer ? Je pense ici à deux billets anglais que j’ai écrit un peu plus tôt cette année. Le premier sur les travaux de Michael Fullan et l’autre sur ceux de Jerry L. Patterson. Ce soir en faisant un peu de ménage dans ma bibliothèque, je tombe sur un livre que j’avais oublié; Beyond Discipline, from compliance to Community de Alfie Kohn (1996).

Comment s’assurer que notre école puisse gérer la discipline sans étouffer les libertés de chacun et sans brimer celle des autres ? Sans tomber dans la démagogie, comment avec des ressources limités pouvons-nous assurer que chaque élève ait sa place à l’école. Comment répondre aux besoins sans cesse grandissants des élèves qui vivent dans un monde axé sur la beauté, la richesse et le succès ? Comment peut-on intervenir en situation de crise ?

Chez-nous, nous n’avons pas de psychométricienne d’assignée à l’école et encore moins un orienteur scolaire. Notre mentor en gestion de comportement est à l’école deux jours par semaine. Il nous reste une équipe stratégique de l’école composé d’enseignants. Ceux-ci participent à coup de réunion après les heures de classes et apportent leur support et leurs idées. Je les en remercie !!!

Que faire alors des élèves qui par leur comportement ou leurs difficultés académiques ne trouvent pas leur compte à l’école. On a parlé dans le passé des garçons à l’école. Dans son livre Kohn(1996), croit que nous devons apprendre à travailler avec les élèves pour les aider à prendre des décision et a résoudre des problèmes. Selon lui, il faut créer des salles de classes où les adultes et les élèves se respectent. Au lieu de se demander et de chercher ce qu’ils (les élèves) doivent faire, on cherche ce qu’ils ont de besoin et on trouve comment on peut leur venir en aide. On ne parle pas ici de recette miracle qui a comme objectif de contrôler et de discipliner les élèves mais plutôt de créer un environnement où l’élève se sent valorisé et respecté avec soins et confiance.

Alors pourquoi puni-t-on ? Toujours selon Kohn(1996), c’est parce que c’est plus rapide, ça fonctionne à court terme, nous avons été élevé de cette façon, on s’attend que c’est ce qu’on doit faire, on se sent plus fort et en contrôle, cela satisfait nos besoins primitifs de justice, nous avons peur que les élèves non punis s’en tirent à bon compte et finalement, c’est encré dans nos cerveaux……

Ça y est, j’ai tombé de ma chaise…cinq ans à la direction et je fais partie de la liste. C’est impossible de traiter en entier le livre de Kohn(1996) dans ce billet. Par contre, je suis d’accord pour affirmer que nous sommes mal outillé. Pour créer ce climat de respect et de confiance avec tous les élèves, il faut du temps et des ressources; beaucoup de ressources. Du temps on en a pas et les ressources manquent. On se sent comme à l’urgenge mais sans spécialistes. Je crois aussi que certaines personnes de ma communauté scolaire s’attendent que je punisse sans pitié. Le séjour chez le directeur devrait être sans pitié. Certains me l’affirment ouvertement et d’autres font pire; ils ne m’en parlent pas. Bien souvent je règle des problèmes avec des élèves qui ne me causent pas de problèmes.

Pour ce qui est des récompenses, Pol Vincter dans une rencontre antérieure nous avait expliqué que les récompenses ne fonctionnent pas à moins que tous puissent en bénéficier et qu’elles ne favorisent pas certaines personnes en particulier. Kohn (1996) va un peu dans le même sens. Selon lui, il faut distinguer entre le fait de dire à sa classe qu’on va leur faire une fête s’ils travaillent bien ou qu’on va les récompenser par une fête s’ils ont bien travailler. Il y a une différence ! Personne n’aime être manipulé pour faire ce qu’il a à faire. Le fait d’offrir des récompenses peut selon l’auteur être contre-productif cela aurait été démontré par plusieurs recherches. C'est Glasser qui serait content.

Je suis à revoir tout ce que je fais, tout ce que j’ai à faire. Comment m’assurer de mettre en pratique ce qui est mieux pour les élèves, les enseignants et l’école ? Ce que j’aime avec mon travail est que tout est dynamique et que rien n’est statique. Je continue par en avant et j’espère en chemin aider le plus d’élève possible. C’est probablement utopique de croire qu’on pourra aider tout le monde. C’est un peu ça le défi de l’école d’aujourd’hui. On essaie avec les moyens qu’on a, d’en faire plus.

En passant cette année, c’est ma seizième année dans le monde de l’éducation et c’est la première fois que je participe à une recherche avec des vrais chercheurs (je l’ai ai rencontrés et ils existent réellement). Wow !!! J’écris seulement cela pour me dire que c’est peut être le temps pour les directions d’écoles et les enseignants, de revendiquer plus de temps pour que nous les gens du terrain, puissent participer dans des projets de recherches pour développer de nouveaux outils.

Je suis volontaire !

La discussion

1

J'aime beaucoup ce billet qui nous permet de connaître l'opinion de notre directeur.
Je suis convaincue qu'un bon encadrement vaut mieux qu'une discipline rigide. C'est vrai que certains élèves ont besoin de "time-out" pour pouvoir se ressourcer et respecter les autres dans leurs apprentissages. Il est parfois difficile de trouver l'endroit idéal pour ce "time-out", et on dirige alors les élèves vers le directeur pour ce moment de détente et de ressourcement personnel.
Je crois que tu fais du bon travail lorsque tu reçois nos élèves. Personnellement je ne cherche pas une punition mais un petit moment en tête à tête avec l'élève pour des discussions qu'il est parfois difficile d'offrir indivuellement à nos élèves qui ressentent souvent le besoin de parler.

Écrit par B. Long le 30 novembre 2004
2

Très bonne réflexion et très pertinente!!! Il est vrai que les enseignants cherchent toujours une solution rapide pour poursuivre les apprentissages et empêcher que le tout dégénère. Difficile de trouver l'équilibre.

Les émotions viennent souvent brouiller une communication effective ou une gestion de comportememt participative. C'est le cerveau limbique qui prend le dessus. On s'organise alors pour courrir ou survivre.

Plus de ressources et plus de support des parents sont sans doute primordiales afin de créer un climat propice à l'apprentissage pour tout les élèves.

Je suis d'accord qu'il faut profiter de la recherche auquelle nous partcipons présentement afin de favoriser des changements.

Le changement de la pratique éducative passe par la réflexion. Bravo !!

Écrit par Nelson le 1 décembre 2004

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