Je réfléchis ici à haute voix... Depuis quelques années, l'étau se resserre dans l'administration et l'utilisation des données des examens provinciaux. C'est ainsi que plusieurs examens sont rédigés généralement en fin d'année scolaire. L'utilisation des résultats et la publication de ceux-ci fait en sorte que des élèves et des enseignants sentent de plus en plus de pression. L'établissement de cibles par le ministère de l'éducation du Nouveau-Brunswick ajoute aussi à la pression. Par exemple, la cible de réussite des élèves de 5e année en mathématiques a été fixée à 90 %. On veut donc que 90 % des élèves d'une classe réussissent à cet examen. Prenons par exemple une classe de 20 élèves, pour atteindre cette cible, 18 élèves doivent obtenir la note de passage. L'an dernier au Nouveau-Brunswick, le taux de réussite pour cet examen était de 64 % (près de 13 élèves dans une classe de 20). Pour notre école le taux de réussite était de 83 %. On peut voir les résultats aux examens provinciaux de toutes les écoles francophones du Nouveau-Brunswick à partir du site du ministère de l'éducation. En 11e année mathématiques, on peut voir que le taux de réussite n'était que de 53% (11 élèves dans une classe de 20) pour la province.
Le CAHM publie depuis 4 ans, un profil d'école qui explique à notre communauté les résultats des élèves. Nous pouvons être fiers de nos résultats. Il arrive parfois, pour toutes sortes de raisons, que les résultats ne soient pas à la hauteur de nos objectifs, mais en regardant notre dernier profil, nos élèves s'en tirent généralement bien. Il y a beaucoup de place pour l'amélioration mais plusieurs facteurs doivent être pris en considération dont les facteurs sociaux-économiques, la diversité des classes, l'expérience des enseignants et autre.
Au Nouveau-Brunswick, l'intégration de tous les élèves est acquise depuis plusieurs années. C'est ainsi que tous les élèves peu importe leurs différences et leurs défis font partie de ces examens. Les élèves qui sont exemptés pour des raisons évidentes (microcéphalie, syndrome de Downes, enfant autistiques, élèves avec un plan d'adaptation scolaire et autres...) font automatiquement partie du pourcentage des élèves qui n'ont pas réussi l'examen. Ainsi, si nous prenons la classe de 20 élèves et que dans cette classe, on y retrouve, un élève avec une microcéphalie et deux élèves exemptés parce qu'ils ont un plan d'adaptation, la classe peut au maximum espéré, un taux de réussite de 85% en partant. On ne compte pas ici les élèves plus faible ou qui ont des difficultés d'apprentissage ou de comportement. On peut donc penser que pour certains enseignants, c'est une partie perdue d'avance. En mesurant le taux de réussite en début d'année et celui en fin d'année, nous aurions un indice de tout le progrès qui a été accomplit pendant l'année scolaire. On peut le faire un peu maintenant en regardant le taux de réussite de quelques années passées lorsque les élèves étaient en 5e année et le comparer avec le taux lorsque ces mêmes élèves écrivent l'examen en 8e année. On peut voir s'il y a eu du progrès.
La rhétorique que je propose ici n'est pas d'enlever les examens du ministère. Au contraire, nous avons besoin de mesures et de lignes directrices pour nous permettre de développer des programmes académiques de plus en plus riches et de plus en plus performant. Par contre, il faut se questionner sur la culture organisationnelle de ceux-ci et avoir une discussion franche des nouvelles modalités que cela implique. Ce n'est pas normal que des élèves pleurent pendant les examens ou refusent carrément d'essayer de répondre aux questions. J'entends dire que certains enseignants aimeraient mieux enseigner à des niveaux qui n'ont pas d'examens du ministère. Ce n'est pas normal... Ces résultats sont publiés et certains enseignants les portent sur leurs épaules comme s'ils étaient les uniques responsables. On sait fort bien que les mathématiques commencent à la maternelle.
C'est en regardant des résolutions de problèmes en mathématiques de mes enfants et celles que les enseignants utilisent lors d'examens diagnostiques, je me suis posé plusieurs questions;
* Le niveau de difficulté ne cesse d'augmenter, que fais-t-on avec les élèves qui se sentent dépassés et qui ne peuvent plus suivre ?
*Les examens de mathématiques sont en fait des examens en lecture, est-ce que nos démarches d'enseignement reflètent cette nouvelle réalité ?
*Un enseignant qui n'a pas une formation en mathématiques devrait-elle les enseigner ?
*Est-ce que le fait de publier les résultats des examens provinciaux fait en sorte que nous enseignerons maintenant en fonction de l'examen ?
*Est-ce que les examens tuent la créativité en classe ?
*Sommes-nous conscients de ce que les élèves doivent maintenant maitriser (le contenu) pour réussir ?
C'est à cette dernière question que je m'attarderai. Les parents nous disent souvent qu'ils ont de la difficulté à aider leurs enfants avec leurs devoirs. On entend souvent dire que les mathématiques ne sont plus comment avant. J'ai moi-même une majeure en mathématiques et une mineure en physique pour mon baccalauréat en éducation secondaire et je ne suis pas certain que si on me demandait demain d'enseigner les mathématiques de manière à bien préparer les élèves que ce serait facile. Je me demande si les adultes dans le système réalisent ce qu'on demande aux enfants d'apprendre. Voici donc ma proposition;
Je mets au défit toutes les directions (et moi-même... ça va de soi...), les directions-adjointes, les agents pédagogiques, etc... d'écrire l'examen provincial de mathématiques de 8e année avec les mêmes contraintes de temps et de formulation que les élèves. Les copies pourraient par la suite être corrigées et les résultats publiés (on peut négocier ici...). Mon pari est que je crois que nous n'atteindrions pas la cible provinciale de réussite de 85 % en mathématiques 8e année. Nous pourrions aussi lancer le défi à la grandeur de la province et comparer nos résultats entre district. Nous pourrions ajouter d'autres groupes comme les gens au ministère de l'éducation et les journalistes... Cette dose de réalisme est peut-être un peu forte mais c'est une façon comme une autre de comprendre ce que vivent les élève et les enseignants. Cela nous rappellerait aussi que nous sommes humains et que nous avons besoin de temps pour s'adapter et pour avancer...
Je n'ai pas la vérité... Je crois qu'il faut en parler... C'est tout.
Le défi est donc lancé... Je suis partant... On se le tape quand ce petit examen ?
Ce texte devrait servir de base pour discuter de l apertinence de certaines évaluations qui tuent littéralement l'enseignement, malheureusement...
L'évaluation met en compétition. Les tenants de la collaboration s'y trouvent déroutés et laissés pour compte. La société fonctionn sur le mode de la compétition.
Polariser le débat en disant que l'un est excellent et l'autre ne devrait pas exister est un débat stérile. La vérité se situe forcément entre les deux, mais où ? ...
Nous devons toutefois nous questionner sérieusement et plus on attend, plus la remise en question sera dure à faire et la discussion longue.
... Bref, il y aurait tant à dire ici...